Solitaire mais toujours solidaire.

 

Mes frères et sœurs bien-aimés dans le Seigneur,

 

Les années qui s'écoulent nous permettent d'approfondir notre vocation A.S.F. et de mieux en saisir toute l'importance. Alors jaillit de nos cœurs l'action de grâce pour cet appel reçu et accueilli. Il est merveilleux de constater avec quel sérieux la plupart des A.S.F. vivent leur engagement de contemplation réparatrice.

 

Nous sommes dispersés ici et là dans la province, le pays et de par le vaste monde. Seuls dans nos milieux comme un levain perdu dans la pâte humaine. Inconnus ou presque, rayonnants là où Dieu nous a placés. Souvenons-nous qu'il faut peu de levain pour que la pâte monte. Cette réalité est bien présente dans le dialogue d'Abram avec Dieu. "Si tu trouves dix justes détruiras-tu la ville?" Nous savons la réponse de l'Éternel. L'intercession, la supplication, la vie réparatrice-corédemptrice a beaucoup de force sur le cœur de Dieu. Il ne faut jamais l'oublier. J'aimerais profiter de cette lettre circulaire non pas pour démontrer notre solitude mais notre solidarité dans le Christ. Nous formons une association dont les liens sont spirituels sans pour autant négliger les occasions de nous rencontrer quand elles se présentent. Notre force, notre impact c'est la fidélité de chaque A.S.F. de vivre au quotidien ses engagements d'adoration réparatrice pour le salut des âmes et le rayonnement du Christ au cœur du monde. Nous ne sommes plus seuls finalement car nous nous soucions du monde entier. Une mission, un projet apostolique nous unit au service du Corps Mystique.

 

La VIE RÉPARATRICE quand cela est bien compris, c'est l'accueil volontaire du Christ en nous et par le fait même de ses mystères. Il vient en chacun de nous prenant la place que l'on veut bien lui concéder. En nous et par nous, Il apporte encore au monde, la Rédemption. L'amour rédempteur(c'est de cette manière que Jésus aime le Père) passe donc par les instruments que nous sommes (grâce baptismale) pour concrètement rejoindre nos frères et sœurs moins conscients des réalités spirituelles. Nous sommes des véhiculeurs de rédemption. A la messe ne  disons-nous pas:"Per Ipsum, cum Ipso et in Ipso". Nous devenons offrande, hostie sainte et agréable à Dieu en vue du salut du monde, illuminés des reflets de la Sainte Face de Jésus.

 

Je sais que le mot "réparation" est une notion rébarbative pour un grand nombre et même chez beaucoup de religieux et de prêtres. Cependant elle est (et le demeurera) une réalité inhérente à l'Incarnation. M. Fernand Ouellet dans son magnifique volume : "Autres trajets avec Thérèse de Lisieux" écrit: Lorsqu'on perd le sens du péché, c'est-à-dire de la faute, ou de l'opposition aux demandes de Dieu, et surtout le sens de l'amour, on ne comprend rien à la notion de réparation elle-même, à la nécessité du rééquilibre, à l'interaction dans la dépendance." (p.142) Aujourd'hui on s'en tient à la dimension horizontale de la solidarité oubliant qu'un commandement est premier: l'amour de Dieu. Cet horizontalisme est bon et nécessaire mais incomplets et dangereux pour la vie spirituelle. L a contemplation régulière et prolongée de la Sainte Face nous plonge dans la saisie de ce qu'est la Pureté et la Lumière de Dieu qui jaillissent de son Amour. Il faut comprendre ce que Jésus disait à Angèle de Foligno: "Ce n'est pas pour rire que je t'ai aimée". Tous les saints et les mystiques connaissent cette soif de Jésus en Croix : le salut des âmes. Elle est   comme une douce  hantise qui mobilise toutes les énergies humaines et spirituelles des amis de Dieu. Le père Marie-Eugène qualifie la vie réparatrice de "spiritualité de force". A la suite de notre patronne, sainte Thérèse de Lisieux, docteur de l'Église, je dirais que la réparation est une haute forme d'amour car c'est aimer le monde à la manière du Christ Rédempteur et Sauveur. La vie réparatrice nous rend solidaires du monde entier. Nous connaissons les ravages et les conséquences du péché et nous savons qu'il est porteur de mort. Personne n'est une île et une âme qui s'élève, élève le monde. Cette solidarité est indéniable et vraie des deux côtés autant du bien que du mal. Le Christ vivant en nous, agissant en nous, poursuit son Oeuvre de Salut. La vie réparatrice est un acte d'amour répondant à l'Amour. C'est une oblation un désir brûlant de nous conformer au Christ crucifié. La contemplation de la Sainte Face nous enseigne ce que la petite Thérèse, le vénérable Léon Dupont et sœur Marie de Saint Pierre avaient compris. Par amour, pour l'Amour nous devons consentir à être victime, hostie, offrande, DON. Leurs vies nous témoignent que c'est l'Amour lui-même lorsque nous nous abandonnons, qui agit en nous, nous consume et poursuit son oeuvre rédemptrice pour que tous soient sauvés.

 

La souffrance est présente dans toute la vie. Voilà une vérité universelle de solidarité. Ce n'est pas sur elle cependant qu'il faut focaliser. Sans Jésus, sans la Croix elle demeure un scandale. Tout change le jour où par grâce on découvre l'action d'amour de l'Esprit Saint en elle car la puissance rédemptrice la traverse. Nous devenons offrande quand tout est vécu, accepté dans l'optique de la Volonté de Dieu qui n'est qu'amour. Tout pour Jésus et pour les âmes. Les joies, les bonheurs, les chagrins et les épreuves de la vie. Tout pour les âmes ! Ce fut la seule raison qui motiva Jésus tout au long de sa vie terrestre... son heure,  celle de la croix glorieuse !

 

Je termine cette réflexion sur la beauté de notre charisme en citant longuement M. Ouellet (p.146-147) dans son admirable volume:

"L'Évangile dit bien que le Christ monte en gloire infinie. Et puisque sa réparation est infinie nous ne pouvons qu'accepter de participer à la gloire de la Rédemption dans la mesure où le Christ lui-même expie à travers nous et glorifie aussi son Père à travers nous. Nous ne réparons pas pour nous. C'est par la réparation qu'ici bas nous pouvons le mieux glorifier le Père. Et la seule manière de  le faire est de nous unir au Christ sur la Croix avec une intention de coopération. Il est très important de se lier VOLONTAIREMENT au Christ dans son expiation absolue. Ainsi le sens du Corps Mystique prend toute son ampleur. Enseignement et réparation, Corps Mystique et communion des saints, voilà le véritable espace spirituel de deux constellations complémentaires. En nous unissant au Christ glorieux sur la Croix, nous nous unissons à l'acte de la plus sublime glorification et aussi nous acceptons de coréparer par amour du Fils et du Père, en union avec les membres du Corps Mystique, comme le Fils le fait par amour du Père et des hommes."(p.146)

 

Que cette méditation nous stimule dans le vécu quotidien de nos engagements A.S.F.

 

S.P.V., priez pour moi,

 

 

Jacques Théberge, i.v.dei