Biographie de Monsieur Léon-Papin DUPONT.

D'origine française, M. Dupont voit le jour à la Martinique le 24 janvier 1797.11 est de famille aisée, bien établie. Il peut compter sur elle pour se tailler un brillant avenir.

 

Dès son enfance, plusieurs anecdotes révèlent la FRANCHISE et la LIMPIDITÉ de son âme, la VIVACITÉ de son esprit, la VIGUEUR de son caractère. Il demeure un chrétien ordinaire" des années durant, penchant plutôt vers la tiédeur que la ferveur Pendant ses études universitaires à Paris, il s'éprend d'amitié pour de pieux jeunes gens dirigeant une œuvre de charité dont de pauvres "petits" ramoneurs sont les bénéficiaires privilégiés. C'est à cette époque que M. Dupont situe sa conversion. Il rompt dès lors avec toutes mondanités pour se donner totalement aux œuvres de charité. Sa décision ne se dément jamais... Il écrit: "Tout d'un coup, la lumière se fit bien grande à mes yeux. Ce rayon de lumière me taisait voir l'importance de la vie chrétienne et l'indispensable affaire du salut.."

On l'admet immédiatement dans la célèbre congrégation de la Sainte-Vierge. Ses lettres et ses entretiens témoignent de sa tendre dévotion à la Vierge, dévotion qu'il gardera Sa vie durant. Léon Dupont brave alors l'opinion publique et demande à se confesser en vue de communier souvent les dimanches ordinaires, fait inusité à l'époque.

 Maints exemples de sa charité nous viennent en tête. Il lui arrive de vendre ses chevaux, son carrosse ou simplement fournir de ses deniers pour aider les déshérités. Après la mort de sa mère, il consacre toute sa fortune aux pauvres et aux œuvres de charité.

 Il a un sens aigu de la JUSTICE. Découvrant un jour l'erreur d'avoir accusé injustement l'un de ses serviteurs, M. Dupent se jette à ses genoux et lui demande pardon.

 Quelle vocation choisir quand on sent en soi tant de désir et d'élan vers la Sainteté? La prêtrise? La vie religieuse? Après avoir consulté de sages prêtres, M. Dupont épouse une jeune fille de 24 ans. Il en a 30. Son épouse décède quelques années plus tard. Elle exige de son mari la promesse de confier aux Ursulines l'éducation de leur fille de 8 mois. Cette promesse et sa santé fortement ébranlée l'amènent à s'installer en France, plus précisément dans la ville de Tours.

Sa mère l'accompagne. À Tours, M. Dupont partage sa vie à fréquenter les sacrements, à encourager les bonnes œuvres, à visiter des centres de pèlerinage. Il écrit un livre à ce sujet. Ses pèlerinages se font à jeun. A pied surtout. Il est l'un des premiers à se rendre sur les lieux de l'apparition de la Salette. Il interroge les deux voyants de la Vierge. Il se fait tout de suite fervent propagandiste du message de la Salette dont la teneur amène sœur Marie-de-Saint-Pierre et lui à fonder l'œuvre des prières réparatrices.

 

Peu de temps après, sa fille alors âgée de 15 ans commence à manifester des désirs de vie mondaine, C'est pourtant une enfant pieuse et intelligente. Effrayé par les périls qui l'attendent, M. Dupont, qui connaît bien la nature ardente de sa fille, supplie le Ciel : "Mon Dieu, Si vous prévoyez qu'elle doive s'écarter de la droite voie, je consens à ce que vous me l'enleviez plutôt que la voir se livrer aux vanités du siècle." La jeune fille meurt bientôt de la fièvre typhoïde. Ecrasé par la douleur, il chante pourtant le MAGNIFICAT ... synthèse du don sublime fait à Dieu. Tel le saint homme Job, il peut dire:

"Dieu me l'a donnée,

Dieu me l'a ôtée,

Que son Saint Nom soit béni!"

Cette dernière épreuve est pour M. Dupont l'occasion d'un nouveau départ. Il se détache de tout et se consacre entièrement à la piété et à la charité. Il soumet son corps aux macérations de la chair et s'astreint au jeûne et à l'abstinence. Il aide financièrement au maintien et à l'expansion de plusieurs communautés religieuses dont les PETITES SOEURS DES PAUVRES. Il contribue à la reconstruction de la basilique Saint-Martin, œuvre réalisée après sa mort.

 M. Dupont institue à Tours l'Adoration nocturne du Saint-Sacrement pour les hommes. Il consacre de son temps, de son argent et de ses talents à cette œuvre. Il recrute ses membres-adorateurs dans toutes les catégories de la société. Il fournit à ses frais tout la matériel nécessaire à l'œuvre.

 Pendant ce temps, Sœur Marie-de-Saint-Pierre, reçoit, dans son Carmel de Tours, une COMMUNICATION divine relative au culte de la Sainte-Face de Jésus. La communication insiste d'abord sur la RÉPARATION des blasphèmes et l'établissement d'une confrérie à cette fin.

Dans une vision, Sœur Saint-Pierre est transportée en esprit sur la route du Calvaire et voit Véronique essuyer la très sainte Face couverte de crachats, de poussière, de sueur et de sang. Elle entend tes blasphèmes actuels lancés contre la Divinité qui retombent comme autant de crachats sur la Face adorée. La jeune carmélite comprend que la réparation des blasphèmes impies rend au Christ un service semblable à celui rendu par Véronique. Il a pour ses réparateurs t~ regard de bonté qu'il eut pour cette jeune femme.

 Comment la sœur cloîtrée peut-elle espérer répondre à la Voix intérieure et fonder cette confrérie? M. Dupont devient son instrument. Il a de fréquents entretiens à ce sujet avec Mère Marie-de-l'Incarnation, prieure des Carmélites. Cette dernière lui remet une gravure de la Sainte-Face, réplique du voile de Véronique gardé au Vatican.

Il allume une lampe devant cette reproduction portant l'authenticité de son contact au voile de Véronique. Il entretient cette flamme jour et nuit et se fait dès lors le papagateur zélé de la dévotion à la Sainte-Face. Cette image suscite toujours l'admiration des visiteurs à l'Oratoire de la Sainte-Face de Tours.

Une première guérison obtenue, les pèlerins affluent de partout. L'appartement de M. Dupont devient bientôt le centre de rayonnement spirituel de la Sainte-Face. Jusqu'à la fin de sa vie, M. Dupont reste chez lui en permanence pour accueillir pèlerins et adorateurs de la Sainte-Face. Ainsi, à l'instigation de Sœur Marie-de-Saint-Pierre et grâce à Léon Dupont, le culte de la Sainte-Face est popularisé et adapté à notre temps. Des centaines de guérisons, de conversions, de transformations sont obtenues par la vénération de la sainte Image du Christ souffrant. Lorsque les malades viennent demander une guérison, M. Dupont les enjoint de commander le Bon Dieu avec foi : "Seigneur, guérissez-moi". Il faut, disait-il, prier avec une confiance illimitée et ne pas hésiter."

 M. Dupont a des relations avec toutes les âmes d'élite de son temps: Le Père Herman (Carme déchaussé converti du judaïsme), le Père Eymard, fondateur des Pères du Saint-Sacrement, Dom Guéranger, le curé d'Ars qui, sans le connaître, lui dit : "O mon cher ami, qu'il sera bon de nous trouver un jour dans le ciel à chanter les louanges de notre Dieu."

 Dans sa vieillesse, M. Dupont est affligé de plusieurs maladies qui le rendent très souffrant. Le Christ associe à ses souffrances celui qui l'a Si bien honoré dans sa Sainte-Face. Durant son agonie de huit jours, il répète sans cesse cette invocation : "Que j'expire altéré de la soif ardente de voir la Face désirable de Notre-Seigneur Jésus-Christ!

 M. Dupont meurt le 18 mars 1876 dans la sérénité et l'entière soumission à la Volonté de Dieu.

"Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur; dès maintenant ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent." (Ap. 14,43).

 

OUELQUES PENSÉES DE M. DUPONT:

"Parler de Dieu ou se taire" (sa devise)

"Il faut leur faire l'aumône avec respect c'est Jésus que l'on honore en leur personne..."

"Le ciel, voilà où nous devons tendre. Ne pas avoir l'ambition d'en faire la conquête, c'est imiter l'aigle stupide qui, renonçant à ses ailes, se contenterait de ses pieds."

PRIERE DE NEUVAINE

Merci Seigneur, de nous avoir éclairés par le témoignage de la profonde foi de Léon Dupont, de sa charité et de son désir de réparer le péché. Nous te demandons que le jugement de l'Eglise nous encourage à l'imiter, à le prier et à solliciter son aide dans nos difficultés. Spécialement...

(Pater, Ave, Gloria) Imprimatur, Tours, 8 décembre 1977, Eugène Saulquin, v.g.

Nous écrire pour toute faveur obtenue.

Léon Dupont,

Le saint homme de Tours

 

Article publié dans : Messages du Secours Catholique, de Sœur Teresia RODHAIN, Paris, Janvier 84

Dans les milieux religieux, on parle en ce début d'année d'une possible béatification du saint homme de Tours, Léon Dupont (1797-1876). Dans l'impossibilité de retracer toutes les richesses spirituelles d'une telle vie, Message va se contenter de quelques flashes sur des épisodes révélateurs.

Léon Papin Dupont est issu d'une famille créole, fixée à la Martinique (donc vouée à saint Martin) Famille chrétienne, ses études se font partie en Amérique, partie en France. Guettons-le à son arrivée chez nous : ce beau jeune homme est ravi par Paris. Sa famille lui assure une pension de 10,000 francs par an, ce qui est énorme au temps où à Paris (voir le guide de Paris de 1828), on peut déjeuner copieusement pour trois francs et, pour quatre à cinq francs par mois, se faire raser quotidiennement par les services d'un coiffeur-barbier.

Léon dépense son argent sans souci. Il aime le théâtre, les bals de bonne société1 les distractions au bois de Boulogne, les courses; il est enchanté par les cabriolets, il finir par en acheter un, avec les plus élégants des chevaux de race. Il trouve un garage à l'hôtel où il loge... le concierge lui propose un jockey. Un jockey ? "Parfaitement ! Je sais un petit Savoyard de douze ans, ramoneur de son métier qui fera l'affaire." Tout est conclu, le petit est habillé en jockey et prend son service...

Le grâce de Dieu allait se servir des circonstances pour frapper un bon coup. Léon avait conservé des habitudes chrétiennes, disons leur observance stricte au commandements sans plus.

Voilà qu'un beau matin, le jockey ne paraît pas. Léon est furieux car il est de tempérament très vif: "Où est le petit?" "Ma foi dit le concierge, à la crypte de I 'église pour le catéchisme…" Sans décolorer, Léon part pour la crypte, sûr de constater que le jockey n'y est pas !... La colère brouille ses idées, mais il entre à la crypte. Au milieu d'une troupe d'enfants pauvres et attentifs, le petit jockey est là, tout oreille: il écoute un homme jeune, doux, qui explique les notions de la religion. D'autres jeunes gens l'entourent, aidant à la discipline. Quelle beauté!

Léon est entré en costume de ville 1850, redingote noire serrée, fleur à la boutonnière, pantalon clair, gibus, le parfait dandy! Se sent-il un peu ridicule ? Non, il est pris par autre chose: ces hommes, jeunes encore, qui sont au service des plus pauvres... Pourquoi pas lui ? Il va proposer ses services : premier appel de la grâce. Plus tard, il dira: "Dieu m'a retiré de la fange du péché." Ne nous trompons pas sur la formule. Au dire de ses plus intimes, Léon a été un mondain, vaniteux, ami des fêtes, mais c'est tour. De ses mondanités, il gardera toute sa vie une élégance parfaite et une politesse qui le faisait appeler le marquis des égards.

Un jour. Léon fait ses courses, en cabriolet évidemment Il s'arrête devant un libraire pour faire ses emplettes : hélas, le libraire est en faillite. et les créanciers sont là. On va fermer la boutique pour une somme de 1,500 francs qui manque ? "Que non ! dit Léon. Allez dans la rue, prenez mon cabriolet mes chevaux, vendez le tout et laissez mon libraire tranquille." Et voilà le libraire libre ? Non, non. c'est Léon qui est libéré de son cabriolet.

La grâce aussi est plus libre en son âme. La table des matières de sa biographie met une multitude de dévotions et d'œuvres à son compte. Mais l'important est ailleurs. Va-t-il entrer au séminaire ? Il scrute son cœur et prend conseil il n'a pas la vocation.

Il se marie, il a un enfant : Henriette. Son épouse bien-aimée meurt... Choc terrible ! Il se consacre à l'enfant, à son éducation, l'enfant est fragile de santé, difficile de caractère, mais il l'éduque. la corrige doucement. A peine arrivée à l'adolescence, elle meurt, toute résignée, entre les bras de son père.

Léon Dupont est libre. Va-t-iI enfin entrer au séminaire ? Non, il sera laïc, tout à Dieu Aujourd'hui, il serait diacre, au service de son évêque.

De ses grandes dévotions, n 'en regardons que deux: son culte à saint Martin, son culte à la Sainte Face.

Son culte à saint Martin c'est Léon qui, le premier. pense à chercher les ruines de la très antique basilique avec le tombeau du saint. Il achète les maisons bâties sur ces ruines et, avec d'autres fervents amis, contribue à l'édification de la nouvelle basilique, malgré de puissantes contradictions venues de très haut…

Le culte à la Sainte Face. Ranimons notre foi avant de continuer notre lecture. Léon inaugure chez lui ce culte de la Sainte Face. Il en fait venir une reproduction de Rome où elle est vénérée... Il répand son culte parmi ses amis et cela gagne, gagne très loin.

On parle de guérisons extraordinaires... Que se passe-t-il au juste ? Pour honorer la Sainte Image, Léon a placé devant elle une lampe à huile qui brûle jour et nuit. Or, une jeune fille, menacée de cécité, est venue lui conter son épreuve et demander ses prières. Il lui a dit : "Mettez de l'huile de cette lampe sur vos yeux, priez, je prie avec vous." Vient la guérison. " Ce n 'est pas ma prière, c'est l'huile qui vous a guérie."

Le fait se reproduit des dizaines, des centaines de fois. Léon dit: "C'est l'huile, toujours l'huile

ET la prière du saint homme. D'ailleurs, Dieu se sert des signes: eau, cendre, feu, huile...

La 'béatification de Léon Dupont va nous apprendre comment Dieu se sert des signes et surtout de la sainteté de ses amis. Cette histoire d'huile va gêner certains, mais sera acceptée par d'autres.

En cette fin de siècle, l'Église a béatifié Frère André, le Canadien qui guérissait les maux en faisant des onctions avec l'huile de sa lampe brûlant devant saint Joseph.

Les médecines parallèles redécouvrent le pouvoir de l'eau, des vibrations, de tout ce qui se passe au-delà d'une frontière qui nous sépare de l'inconnu... Ayons confiance !

Monsieur Dupont est mort après deux années d'atroces souffrances, sans demander la guérison par cette huile qui se consumait près de lui. L'huile. c'était " réservé aux autres"...

 

 

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