Esclavage
domestique: les privilèges des diplomates montrés du doigt
par THÈRÈSE JAUFFRET AFP
STRASBOURG -
Des milliers de femme en Europe, parmi les victimes de l'esclavage domestique,
sont au service de diplomates sûrs de leur impunité, dénonce un rapport du
Conseil de l'Europe qui est publié aujourd'hui à Paris.
«Trop
souvent, immunité est synonyme d'impunité», accuse le rapporteur de l'Assemblée
parlementaire des «41» John Connor (Irlande, chrétien-démocrate) dans un
rapport adopté en commission.
Le document,
qui sera soumis au vote des parlementaires européens en juin à Strasbourg, fait
un état des lieux - débordant largement le milieu diplomatique - et propose un
train de mesures pour lutter contre ce fléau. -
Les
diplomates et fonctionnaires internationaux, explique-t-il, font fréquemment
venir leurs domestiques dans le pays où ils sont en fonction, car la coutume
internationale veut que les Etats se reconnaissent mutuellement la «courtoisie»
de délivrer au petit personnel un titre de séjour connu sous le nom de « carte
spéciale».
Or les
privilèges et immunités diplomatiques prévus dans la Convention de Vienne (ONU)
interdisent de sanctionner les violations de la loi dans le pays d'accueil.
John Connor
propose aux 41 pays du Conseil de l'Europe de prendre exemple sur la Suisse:
tout étranger
qui veut travailler comme domestique dans une ambassade ou une mission
consulaire n'est admis sur le territoire suisse que s'il est en possession d'un
contrat de travail respectant les lois helvétiques en vigueur.
«Le principe
est simple: pas de visa sans contrat de travail», explique John Connor.
Le
parlementaire irlandais propose aussi d'amender la Convention de Vienne afin de
réconcilier le respect des droits de l'homme et les principes nécessaires pour
protéger le diplomate contre toutes les pressions que pourrait exercer sur lui
le pays d'accueil, notamment pour tous les actes relevant de sa vie privée.
Tous les pays
du Conseil de l'Europe devraient prévoir dans leur code pénal une condamnation
de l'«esclavage domestique», ce qui n'est aujourd'hui pas le cas, selon le
rapporteur. La Belgique se sert des lois contre la traite des étrangers pour
réprimer l'esclavage domestique, l'Italie et l'Autriche condamnent la réduction
en esclavage, la traite et le commerce d'êtres humains (17 plaintes en Autriche
en 1997, 18 en 1998, mais pas encore de condamnations).
En France, où
la traite d'humains et l'esclavage ne constituent pas une infraction pénale,
une dizaine de personnes ont pu cependant être condamnées sur la base de lois
réprimant la soumission d'une personne vulnérable à un travail non rétribué et
à des conditions de travail ou d'hébergement contraires à la dignité humaine.
Le rapporteur
propose aussi, parmi d'autres mesures, la création d'un fonds d'indemnisation
et l'octroi d'un «titre de séjour humanitaire» pour les victimes et
l'élaboration d'une charte européenne du travail domestique, à l'instar de la
charte sur les jeunes filles au pair qui fonctionne à la satisfaction générale
depuis plusieurs dizaines d'années.
Les chiffres
de l'esclavage domestique en Europe
Strasbourg.-
Plus de quatre millions de femmes sont vendues.. chaque année dans le monde et
sur ce nombre beaucoup sont victimes d'esclavage domestique selon un rapport du
Conseil de l'Europe publié aujourd'hui a Paris avant: d'être soumis au vote de
l'Assemblée parlementaire en Juin.
Les jeunes
femmes sont recrutées par des agences (qu'elles doivent rembourser), victimes
de trafiquants ou suivent leur employeur(parfois diplomate) à l'étranger
n France on
estime à plusieurs milliers les femmes victimes d'esclavage domestique La
majorité des employeurs sont originaires d'Afrique de l'ouest et du Proche et
du Moyen Orient mais 20 % sont Français.
Quelque 20%
des employeurs sont protégés par 1'immunité diplomatique, parmi lesquels
figurent un diplomate italien et cinq diplomates français en poste à
l'étranger. Les victimes employées par les diplomates viennent majoritairement
de l'Inde, de l'Indonésie, des Philippines et du Sri Lanka.
Au
Royaume-Uni, ONG Kalayaan s'est occupée de 4000 domestiques originaires de 29
pays différents.
Parmi elles, 84 % ont subi des violences psychologique, 54% ont
été séquestrées, 38% ont été battues 10% victimes d'agressions sexuelles.
En Belgique,
la plupart des victimes sont originaires des Philippines et travaillent pour
des diplomates en poste à Bruxelles.
En Autriche
également, la plupart des cas recensés mettent en cause des diplomates.
En Espagne,
la majorité des esclaves domestiques viennent d'Afrique, notamment du Maroc,
les autres d'Amérique latine.
En Italie,
l'esclavage domestique n'est pas encore chiffré, mais « on peut s'attendre a de
très nombreuses situations d'exploitation proches de l'esclavage », selon le
rapport.