Chers amis,

 Il me fait plaisir de vous présenter ce recueil de méditations autour du Chemin de Croix. Il est le fruit de la prière et de la contemplation des Amis de la Sainte Face de Jésus de la région de l'Outaouais. Durant une année entière, au rythme d'une rencontre mensuelle, nous avons pris le temps de faire une pause spirituelle et guidé par l'Esprit-Saint sur le chemin de l'Amour  nous avons plongé dans ce grand mystère qu'est celui de notre Salut, de notre Rédemption, suivant Jésus pas à pas dans son Chemin de Croix qui est chemin d'Amour et de Rédemption pour l'humanité tout entière.

 

Je  souhaite que cette méditation du Chemin de Croix vous aide à mieux saisir de quel Amour Dieu nous aime et comme il est grand le mystère de notre Rédemption ! On peut se procurer  le livret au prix de $8.00 cnd (pour le Canada) et de $10.00cnd (pour l'étranger) Courriel: adorateurs@iquebec.com

Michel Nolin, asf. 

 

Méditation

Introduction

 

Au pied de la Croix, saint Jean a entendu les paroles de Jésus mourant ; il nous rapporte trois d'entre elles, et avant tout celle qui le concerne personnellement : Fils, voici ta mère, et qui est en même temps le centre du dernier testament de Jésus.  Les Pères de l'Église se sont plu à considérer les sept paroles de Jésus en Croix consignées dans les évangiles comme un résumé de la vie et de l'enseignement du Sauveur, et à les rattacher aux sept sacrements ainsi qu'aux sept dons du Saint-Esprit, car elles ont comme eux une efficacité quasi sacramentelle et divine.  Il nous est bon de les relire l'une après l'autre en suivant tour à tour les quatre évangélistes dont les récits se complètent.


La première parole, rapportée par Luc : Père, pardonne-leur, nous donne l'assurance que Jésus a obtenu le pardon de tous les hommes, quelles que soient leurs fautes, et que le salut acquis par lui sur la Croix comme prêtre et comme victime aimante est offert à tous sans exception.


La deuxième parole de Jésus est pour Jean et Marie : sa mère, heureuse en sa douleur de communier avec lui dans l'adoration et le pardon, et le disciple qu'Il aime, presque désespéré, incapable de surmonter ses ressentiments, déchiré de ne pas être à l'unisson avec son maître.  Jésus, jetant les yeux sur eux, les donne l'un à l'autre, et, dans leur mutuel embrassement, l'Église des pauvres pécheurs, une et maternelle par Marie, apostolique déjà en cet unique apôtre, commence invisiblement sa mission sous la première effusion de l'Esprit Saint.

 
Mission aussitôt féconde, car elle ouvre le ciel au bon larron, ce premier enfant de Marie, le premier fils de l'Église : Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis!


Mais Jésus, en donnant sa mère, s'est dépouillé de tout, sa sensibilité humaine n'a plus aucun appui, et son âme est plongée dans une agonie où son Père lui-même semble l'avoir abandonné.  C'est alors qu'Il prononce la parole si mystérieuse que les trois évangiles synoptiques ont reproduite : mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?  Une telle prière donne à toutes les angoisses, les tentations, les  agonies humaines un recours indépassable, un refuge divin dans cette sainte humanité de Jésus qui a souffert plus qu'aucune créature ne souffrira jamais.


Un peu plus tard, dans sa solitude insondable, Jésus laisse jaillir une plainte : J'ai soif, où s'exprime la torture de son corps crucifié, exsangue, brûlant de fièvre, mais aussi son désir dévorant de voir les hommes répondre à l'amour infini qu'Il leur manifeste en mourant.


Et c'est alors le constat solennel que Jean nous a transmis : Tout est consommé, constat d'absolue détresse et en même temps de triomphe, dont le sens est inépuisable, et qui nous avertit que rien dans nos vies, rien dans nos œuvres, rien dans l'Église, ne peut être vraiment accompli que par l'union à la mort et à l'agonie de Jésus.


Après cela, nous savons par Luc quelle a été la dernière parole articulée de Jésus : Père, entre Tes mains, je remets mon esprit, une prière confiante pour remettre tout son être au Père, et nous y puisons la certitude que toute souffrance unie à l'agonie du Fils bien-aimé s'achèvera dès ici-bas dans la paix entre les mains du Père.  Enfin, c'est Matthieu et Marc qui ont répercuté dans leur évangile le dernier cri de Jésus : cri puissant de celui qui donne librement sa vie, cri d'amour qui appelle au moment suprême Marie et Jean et avec eux tous les hommes enfin sauvés, et qui les prépare à entrer, par le grand signe du cœur ouvert, dans l'attente de la résurrection.

Père Thomas Philippe, O.P

DEBOUT AU PIED DE LA CROIX

Debout, la Mère douloureuse près de la croix était en larmes devant son Fils suspendu. Dans son âme qui gémissait, toute brisée, endolorie, le glaive était enfoncé. Qu'elle était triste et affligée, la Mère entre toutes bénie, la Mère du Fils unique! Qu'elle avait mal, qu'elle souffrait, la tendre Mère, en contemplant son divin Fils tourmenté! Quel est celui qui sans pleurer pourrait voir la Mère du Christ dans un supplice pareil?  Qui pourrait sans souffrir comme elle contempler la Mère du Christ douloureuse avec son Fils ? Pour les péchés de tout son peuple elle le vit dans ses tourments, subissant les coups de fouet.  Elle vit son enfant très cher mourir dans la désolation alors qu'il rendait l'esprit. Daigne, ô Mère, source d'amour, me faire éprouver tes souffrances pour que je pleure avec toi. Fais qu'en mon cœur brûle un grand feu pour mieux aimer le Christ mon Dieu et que je puisse lui plaire.

 

0 sainte Mère, daigne donc graver les plaies du Crucifié profondément dans mon cœur.  Ton enfant n'était que blessures, lui qui daigna souffrir pour moi; donne-moi part à ses peines.  Qu'en bon fils je pleure avec toi, qu'avec le Christ en croix je souffre, chacun des jours de ma vie!  Être avec toi près de la croix et ne faire qu'un avec toi, c'est le vœu de ma douleur.  Vierge bénie entre les vierges, pour moi ne sois pas trop sévère et fais que je souffre avec toi.  Que je porte la mort du Christ, qu'à sa Passion je sois uni que je médite ses plaies!  Que de ses plaies je sois blessé, que je m'enivre de la croix et du sang de ton Enfant!  Pour ne pas brûler dans les flammes, prends ma défense, Vierge Marie, au grand jour du jugement.


Christ, quand je partirai d'ici, fais que j'obtienne par ta Mère la palme de la victoire. Au moment où mon corps mourra, fais qu'à mon âme soit donnée la gloire du Paradis.

 

Prière après chacune des stations

 

Père Éternel, reçois le Sang divin que Jésus-Christ ton Fils, a répandu dans sa Passion.

Par ses Plaies, par sa Tête transpercée d'épines, par son Cœur, par tous ses mérites, pardonne aux âmes, sauve-les.

O mon Rédempteur, j'adore ton Sang divin avec respect et un grand amour, pour réparer les outrages que Tu reçois des âmes.

 

Mon Jésus, pardon et miséricorde, par les mérites de ta Passion et de tes Saintes Plaies.

Nous T'adorons, ô Christ, et nous Te bénissons, parce que Tu as racheté le monde par ta sainte Croix. Marie, ô Mère des Douleurs, imprime au fond de nos cœurs les plaies du Christ Rédempteur.

 

 

 

 

Première station : Jésus est condamné à mort.

 

C'est une grande joie pour moi de me retrouver au milieu de vous pour ensemble contempler notre beau et grand Dieu, puis apprendre à mieux l'aimer et le faire aimer.

 

Depuis le dernier concile, il y a eu plusieurs exercices de piété qui furent mis en veilleuse. Je n'ai pas à analyser pourquoi mais je crois qu'agissant ainsi, beaucoup d'âmes ont été privées de grandes grâces.

 

Parmi ces dévotions, il y a celle du chemin de la Croix. Je suis heureux de constater que ces méditations alimenteront votre réflexion tout au long de l'année.

 

Faire son chemin de Croix, c'est découvrir le chemin de l'amour véritable et les étapes qui nous conduisent à la sainteté. Chemin de l'amour, chemin de la sainteté car la sainteté c'est d'aimer à la manière de Jésus. Comment Jésus nous a-t-il aimé ? La réponse est simple… regarde les stations du chemin de la Croix.

 

C'est dans cet esprit que nous allons y entrer de tout notre cœur en demandant à la Vierge Marie de guider nos méditations, de nous prêter son cœur pour suivre Jésus durant ces 14 étapes de l'Amour.

 

Jésus est condamné à mort

 

Habituellement ceux et celles qui sont condamnés à mort sont des êtres coupables de crimes importants. A la suite d'un procès, ils reçoivent une sentence proportionnée à ce qu'ils ont fait de mal.

 

De cela, personne ne se scandalise, c'est le cours normal de la justice.

 

Ici nous avons une accusation, in juge et des témoins ainsi qu'un accusé.

 

Ce qui cloche c'est que l'accusé est innocent et que tout le monde le sait très bien. Autant Pilate que les accusateurs. C'est une machination. Jésus aussi sait qu'Il est innocent. Pourquoi garde-t-il silence ? Pourquoi ne pas démasquer cette mascarade ?

 

Il y a des paroles de Jésus qui peuvent nous éclairer : "Ma vie, nul ne prend, c'est moi qui la donne". "Sachant que son heure était venue" "Voici que le Fils de l'homme sera livré".

 

Durant ce procès, les acteurs croient tenir les ficelles du temps. Ils se trompent largement. Ils croient ainsi se débarrasser de ce messie qui les dérange… Ils vont y mettre un point final. On va en finir avec ces discours et ces miracles… Alors condamnons-Le … et ce sera réglé.

 

Il ne faut jamais oublier que c'est Dieu qui conduit l'histoire et que c'est Lui qui est le maître. Jésus sait tout cela… Alors il garde silence. Il laisse les orgueilleux croire qu'ils sont maîtres. Mais voilà que sans se douter de rien, l'histoire la plus merveilleuse débute et que ces coupables sont à rédiger la plus belle page de l'Évangile…

 

Jésus se tait… et cette histoire parlera jusqu'à la consommation des siècles. On désire se débarrasser de Lui et faisant cela on va crier fort et haut. "Il n'est pas d'amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis."

 

Jésus est à nous montrer jusqu'où Il est capable d'aller pour nous dire combien Il nous aime. Il y a des silences qui parlent bien plus fort que des discours.

 

Cette première station ouvre une brèche qui ne se refermera plus jamais. Elle nous ouvre le Cœur de Dieu et c'est la porte du ciel qui par elle s'entrouvre pour tous ceux qui ont souffert, qui souffrent et souffriront.

 

Quand on contemple la Sainte Face, visage silencieux mais d'une éloquence qui parle à ceux et celles qui ont soif de Vérité et d'Amour.

 

Jésus a dit un jour : "Ma nourriture c'est de faire la volonté de mon Père." La première station du chemin de la Croix, c'est justement pour Jésus l'ouverture de l'accomplissement de la Volonté du Père qui veut donner à tous le salut : la Rédemption. Alors Jésus ne discute pas cette volonté. Il la discerne et va l'accomplir. Jésus en éprouve toute l'horreur. Il est lucide et libre devant ce plan de Dieu. Vous vous souvenez du jardin des Oliviers et de son Agonie. "Père si c'est possible `éloigne de moi ce calice." Jésus est bouleversé. Il sue le sang. Mais : " Voici que je viens, Ô Père, pour faire ta volonté."

 

Quand on aime on ne recule devant rien… et l'amour de Jésus est parfait.

 

Ceux et celles qui regardent les tragédies de notre monde : les guerres, les suicides, les familles brisées, la dépravation sexuelle, peuvent avoir la tentation de dire : on est fini, ça va éclater, il faut la fin du monde. On dirait que le mal prend le dessus. On dirait que l'ère chrétienne agonise. Plus je regarde cette mondialisation et plus je serais porté à croire cela moi aussi. La situation du monde actuel est vraiment désespérante.

 

La première station du chemin de croix nous protège du désespoir. On ne peut pas retirer des mains de Dieu ce qui lui appartient. Il est maître. La grande illusion que les hommes partagent à chaque siècle c'est qu'ils sont les maîtres. Et pourtant : la civilisation grecque est passée, Rome est passée, le mur de Berlin est tombé, le communisme est tombé.  Dieu seul est le maître et Il sait où Il va. Comme Jésus… silence, confiance, abandon et sacrifice de nos vies dans l'amour oblatif qui désire sauver tous les humains.

 

Notre vie A.S.F. est une vie réparatrice… sacerdotale offerte pour sauver les âmes. Tout sert les desseins de Dieu.

 

La première station nous demande un acte de foi. Un acte de foi qui dépasse les apparences, les circonstances. Je crois en Dieu, au Dieu de l'impossible.

 

Nous sommes portés, vous et moi à regarder les événements avec une lecture immédiate. Nous avons une vue courte, notre vie est courte, le temps nous échappe.

 

Ce que la prière et la contemplation nous apprennent c'est à regarder les choses, les personnes, les événements avec le regard de Dieu. Toute la Bible nous le démontre :

 

·        Le regard humain demande de lapider la femme adultère…

·        Le regard de Dieu en fera une grande sainte

 

·        Le regard humain condamne Zaché qui est du côté des oppresseurs, des occupants, des   patrons…

·        Le regard de Dieu en fera un disciple.

·        Le regard humain a condamné le larron…

·        Jésus en fera le premier des élus.

 

La situation de notre monde nous dit  … on ne peut pas croire en l'homme … C'est un monstre. Jésus nous proclame qu'Il croit en chaque être humain de toutes ses forces… et qu'Il se livre entre nos mains. Il nous demande d'écrire encore aujourd'hui l'Évangile avec notre quotidien.

 

Les Nazis en Hollande durant la dernière guerre mondiale, pour se venger de la déclaration des évêques qui condamnaient leur système, décidèrent de tuer tous les religieux d'origine juive. On arrêta donc Édith Stein et on la conduisit à la chambre à gaz. Selon eux, l'affaire était réglée. Mais non, c'était l'ouverture du procès qui conduirait à sa canonisation et à un rayonnement mondial. Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix. Une martyre, une lumière pour le monde. Ceci ressemble bien à notre première station. Dieu est le maître et les hommes servent finalement son dessein éternel.

 

Les parents Martin désirent entrer au couvent. On les refuse. Quel drame pour eux. Mais voilà qu'ils deviennent les parents de la plus grande sainte des temps modernes : Thérèse de l'Enfant-Jésus, docteur  de l'Église.

 

Cette première station nous invite à regarder également le déroulement de nos vies, de ses épreuves: de ses échecs, de nos erreurs, avec confiance et abandon entre les mains de Dieu, notre Maître.

 Au terme de l'histoire du monde nous pourrons célébrer la résurrection, la domination de l'Amour plus fort que la mort. Dans cette première station nous voyons poindre cette espérance. Il faudra toutes les autres stations pour que le plan de Dieu revête toute sa splendeur. Oui la vie est belle, oui elle vaut la peine d'être vécue jusqu'au bout car Jésus a dit: "Courage j'ai vaincu le monde".

 

Fais briller sur nous la lumière de ta Face et dans ta miséricorde nous serons sauvés.

 

 

Jacques Théberge, I.V.Dei

 

Deuxième station: Jésus est chargé de sa croix

 

Cette méditation est inspirée des écrits de Catherine Emmerick

 

«Et il sortit, portant sa croix, et vint au lieu dit du Crâne - ce qui se dit en hébreu Golgotha» (Jn. 19:17)

 

Jésus soutient le monde entier par sa puissance divine, car il est Dieu; mais ce poids est moins lourd que celui de la Croix, que nos péchés ont préparée pour lui. Nos péchés lui ont coûté cette humiliation. Il a dû prendre sur lui notre nature, apparaître parmi nous en tant qu'homme, et offrir pour nous un grand sacrifice. Il a dû passer sa vie dans la pénitence, il a dû souffrir sa passion, et, à la fin, sa mort.

 

La croix. Instrument de mort infamante. Il n’était pas licite de condamner à la mort de la croix un citoyen romain : c'était trop humiliant. Le moment où Jésus de Nazareth s’est chargé de la croix pour la porter sur le Calvaire marque un tournant dans l’histoire de la croix. Signe d’une mort infamante, réservée à la catégorie la plus basse des hommes, la croix devient une clé. Désormais, avec l’aide de cette clé, l’homme ouvrira la porte des profondeurs du mystère de Dieu.

 

Par le geste du Christ qui accepte la croix, instrument de son dépouillement, les hommes sauront que Dieu est amour.

 

Amour sans limites: «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle» (Jn 3, 16).

 

Cette vérité sur Dieu s’est révélée par la croix. Ne pouvait-elle pas se révéler d’une autre façon? Peut-être que oui. Toutefois Dieu a choisi la croix. Le Père a choisi la croix pour son Fils, et le Fils l’a prise sur ses épaules, il l’a portée sur le Calvaire et sur elle il a offert sa vie. Sur la croix il y a la souffrance, sur la croix il y a le salut, sur la croix il y a une leçon d’amour.

 

La Croix est signe d’un amour sans limites . Regardons et méditons plus en profondeur ce deuxième tableau du chemin de l'amour.

 

Lorsque Pilate eut quitté son tribunal, une partie des soldats le suivit et se rangea devant le palais pour former le cortège ; une petits escorte resta près des condamnés.

 

Les  Pharisiens armés, parmi lesquels se trouvaient  les ennemis acharnés de Jésus prirent  part à son arrestation sur le mont des Oliviers, vinrent à cheval sur le forum pour l'accompagner au supplice. Les archers conduisirent le Sauveur au milieu de la place, et plusieurs esclaves entrèrent par la porte occidentale, portant le bois de la croix, le "patibulum" qu'ils jetèrent à ses pieds avec fracas. Les deux bras furent  provisoirement attachés au "patibulum"  avec des cordes.

 

Jésus s'agenouilla par terre, prés de la croix,  l'entoura de ses bras et la baisa trois fois, en adressant à voix basse à son Père un touchant remerciement pour la rédemption du genre humain qui commençait. Comme les prêtres, chez les païens, embrassaient un nouvel autel, le Seigneur embrassait sa croix, cet autel éternel du sacrifice sanglant et expiatoire. Les archers relevèrent Jésus sur ses genoux, et il lui fallut à grand peine charger ce lourd fardeau sur ses épaules . Une multitude d'anges invisibles sont présents pour l'aider, l'accompagner sur son chemin d'amour. sans quoi il n'aurait pas même pu le soulever. Il resta un moment  à genoux, courbé sous son fardeau. Pendant que Jésus priait, des bourreaux  firent prendre aux deux larrons les pièces transversales de leurs croix, ils les leur placèrent sur le cou et y lièrent leurs mains. Les pièces transversales n'étaient pas droites, mais un peu courbées. On les attacha, lors du crucifiement, à l'extrémité supérieure du tronc principal. La trompette de la cavalerie de Pilate se fit entendre, et un de ses ennemis , peut-être un Pharisien, à cheval s'approcha de Jésus agenouillé sous son fardeau, et lui dit : " Le temps des beaux discours est passé ; qu'on nous débarrasse de lui, en avant, en avant !" On le releva violemment, et il sentit tomber sur ses épaules tout le poids que nous devons porter après lui, suivant ses saintes et véridiques paroles.

 

Alors commença la marche triomphale du Roi des rois, si ignominieuse sur la terre, si glorieuse dans le ciel.

 

On avait attaché deux cordes au bout de l'arbre de la croix.  Le Sauveur, sous le fardeau de cette pièce de bois , me rappelle vivement Isaac portant vers la montagne le bois destiné au sacrifice où lui-même devait être immole. Le trompette de Pilate donna le signal du départ, parce que le gouverneur lui-même voulait se mettre à la tête d'un détachement pour prévenir toute espèce de mouvement tumultueux dans la ville. Il était à cheval, revêtu de son armure, et entouré de ses officiers et d'une troupe de cavaliers. En avant du cortège allait un joueur de trompette, qui en sonnait à tous les coins de rue et proclamait la sentence. Quelques pas en arrière marchait une troupe d'hommes et d'enfants qui portaient des cordes, des clous, des coins et des paniers où étaient différents objets ; d'autres, plus robustes, portaient des porches, des échelles et les pièces principales des croix des deux larrons ; puis venaient quelques-uns des Pharisiens à cheval ; et un jeune garçon qui portait devant sa poitrine l'inscription que Pilate avait faite pour la croix ; il portait aussi, au haut d'une perche, la couronne d'épines de Jésus, qu'on avait jugé ne pouvoir lui laisser sur la tête pendant le portement de la croix. Enfin s'avançait Notre Seigneur, les pieds nus et sanglants, courbé sous le pesant fardeau de la croix, chancelant, déchiré, meurtri, n'ayant ni mangé, ni bu, ni dormi depuis la Cène de la veille, épuisé par la perte de son sang, dévoré de fièvre, de soif, de souffrances intérieures infinies. Il était à poursuivre sa passion d'amour pour les hommes pour toute l'humanité de tous les temps. Passé, présent et avenir sont là devant Lui comme un rappel du pourquoi de cette longue marche: Amour, Amour, Amour.

 

Quatre archers tenaient à une grande distance le bout des cordes attachées à sa ceinture ; les deux archers de devant le tiraient à eux, les deux qui suivaient le poussaient en avant, en sorte qu'il ne pouvait assurer aucun de ses pas. Ses mains étaient blessées et gonflées par suite de la brutalité avec laquelle elles avaient été garrottées, précédemment, son visage était sanglant et enflé, sa chevelure et sa barbe souillée de sang ; son fardeau et ses chaînes pressaient sur son corps son vêtement de laine, qui se collait à ses plaies et les rouvrait. Autour de lui, ce n'était que dérision et cruauté : mais ses souffrances et ses tortures indicibles ne pouvaient surmonter son amour ; sa bouche priait, suppliait, intercédait et son regard éteint pardonnait, transformait guérissait. Le long du cortège marchaient plusieurs soldats armés de lances ; derrière Jésus venaient les deux larrons, conduits aussi avec des cordes chacun par deux bourreaux ; ils portaient sur la nuque les pièces transversales de leurs croix, séparées du tronc principal, et leurs bras étendus étaient attachés aux deux bouts. Ils étaient un peu enivrés par suite d'un breuvage qu'on leur avait fait prendre. Cependant le bon larron était très calme ; le mauvais, au contraire, était insolent, furieux et vomissait des imprécations. La moitié des Pharisiens à cheval fermait la marche ; quelques-uns de ces cavaliers couraient ça et là pour maintenir l'ordre. A une assez grande distance était le cortège de Pilate ; le gouverneur romain était en habit de guerre, au milieu de ses officiers, précédé d'un escadron de cavalerie et suivi de trois cents soldats à pied : il traversa le forum, puis entra dans une rue assez large. Il parcourait la ville afin de prévenir tout mouvement populaire.

 

Jésus fut conduit par une rue excessivement étroite et longeant le derrière des maisons, afin de laisser place au peuple qui se rendait au Temple, et aussi pour ne pas gêner Pilate et sa troupe. La plus grande partie du peuple s'était mise en mouvement aussitôt après la condamnation, La plupart des Juifs se rendirent dans leurs maisons ou dans le Temple, afin de terminer à la hâte leurs préparatifs pour l'immolation de l'agneau pascal ; toutefois, la foule, composée d'un mélange de toute sorte de gens, étrangers, esclaves, ouvriers, femmes et enfants, était encore grande, et on se précipitait en avant de tous les côtés pour voir passer le triste cortège ; l'escorte des soldats romains empêchait qu'on ne s'y joignit, et les curieux étaient obligés de prendre des rues détournées et de courir en avant : la plupart allèrent jusqu'au Calvaire, La rue par laquelle on conduisit Jésus était à peine large de deux pas ; elle passait derrière des maisons, et il y avait beaucoup d'immondices. Il y eut beaucoup à souffrir : la populace aux fenêtres l'injuriait, des esclaves lui jetaient de la boue et des ordures, de méchants garnements versaient sur lui des vases pleins d'un liquide noir et infect, des enfants même, excités par ses ennemis, ramassaient des pierres dans leurs petites robes, et couraient à travers le cortège pour les jeter sous ses pieds en l'injuriant.

 

Et pourtant Jésus continue d'accepter d'être écraser sous son poids, d'être anéanti, détruit d'aller vers l'accomplissement de sa mission:  la passion rien que la passion toute la passion dans toute son horreur et sa grandeur. La croix rien que la croix scandale pour les uns et signe d'un amour démesuré pour les autres: "Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu"(1Cor. 1:18).  Jésus chargé de Sa Croix, cette croix qu'Il veut bien porter pour nous. Il porte tous nos péchés, toute notre haine, nos faiblesses, nos refus, nos manque d'amour, de partage, notre non respect des autres, notre égoïsme . Oui ! quelle doit être lourde cette croix! 

 

Écoute Jésus parler à ton cœur et si tu tends bien l'oreille peut-être l'entendras-tu te dire ces paroles:

«Avec quelle joie intérieure j'ai embrassé ma Croix, quand on me l'a apportée ! Depuis si longtemps je la désirais à cause de vous et pour obéir au Père ! Elle était votre salut.  Sauver le monde, te sauver par amour,  sais-tu ce que cela a été pour moi ? Je t'ai porté comme une mère, en portant ma Croix.

 

Et toi, sauras-tu porter la Croix que je t'offre aujourd'hui par amour pour moi et le salut des âmes? Reçois la Croix de chaque jour comme j'ai reçu la mienne.  Il ne faut pas seulement la porter, il faut la prendre, ma Croix.  Oui, elle est bien mienne ; car nous ne faisons qu'un.  Quand tu la rencontreras, je suis avec elle.  Accueille-nous donc ensemble.  Portons notre croix tous les deux.

 

 

Regarde bien mes souffrances, puisqu'elles sont pour toi.  Offre-les au Père, pour réparer, puisque vous avez le pouvoir de réparer.  L'amour est si peu aimé. Aime-moi et porte avec moi la Croix.»

 

Oui Seigneur, tu nous a dit:  " Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. "(Luc 9:23)

 

 

 
Prières:

 

Seigneur, Dieu tout-puissant,

Toi qui, sans te lasser, portes le poids de l'univers,
Et qui a pris sur toi le fardeau de tous nos péchés,
Bien que cela, vraiment, t'épuise,
De même que tu soutiens nos corps
Par ta providence,
De même sois le Sauveur de nos âmes
Par ton précieux sang!

 

 

 


Ô Christ, toi qui acceptes la croix de la main des hommes, pour en faire le signe de l’amour salvifique de Dieu pour l’homme, accorde-nous, ainsi qu’à tous les hommes de notre temps, la grâce de la foi en cet amour infini, afin que, en transmettant au nouveau millénaire le signe de la croix, nous soyons des témoins authentiques de la Rédemption. À toi, Jésus, prêtre et victime, la louange et la gloire pour les siècles.

R. Amen.

 

Michel Nolin, asf

 

 

 

Stations 3,7,9:  Les trois chutes de Jésus

 

 

Avec  quelle joie et une grande émotion, je me joins à chacun et  chacune  de vous  ce soir pour vivre ces instants de la Vie de notre Sauveur dans son chemin de croix.  On m'a demandé de méditer avec vous les trois chutes de  Jésus.   Pour moi c'est significatif car ces chutes de Jésus m'ont toujours fait avancer quand je les méditais et me servent de méditation très  souvent et m'ont amener à réfléchir sur les 3 tentations de Jésus au  temple.  Pourquoi  Jésus  a-t-il vécu  ces  trois tentations  qui  nous rappellent ses trois chutes?

 

Jésus  vient nous libérer du péché. Mais, auparavant, il va se mesurer avec  celui qui, dans le jardin de l'Eden, comme nous le conte d'une manière imagée et populaire la Genèse va souffler à Adam  et Eve la tentation  suprême " Vous serez comme des dieux." L'homme a voulu se faire dieu sans Dieu. C'est la tentation de tous les temps et elle vient de l'Adversaire, celui que le Christ vient affronter

 

Il n' est pas de grande oeuvre humaine ni de vie spirituelle authentique sans  que l'on prenne le temps de la réflexion, de la solitude, du sile­nce intérieur.  Nous sommes aussi au désert avec Jésus, comme lui nous connaîtrons la tentation. Car en fait la tentation c'est l'épreuve, de la foi, le banc d'essai de notre vie spirituelle. Nous serons tentés de nous décourager, de douter de la bonté de Dieu, notre imagination sera  sollicitée par des pensées impures nous serons poussés à briser la  charité fraternelle, que sais-je? Il nous connaît celui qui attend au  désert; c'est pour nous libérer, nous accompagner que Jésus accepte de  vivre ces chutes.

 

Nos tentations peuvent se diviser en trois groupes tout comme les trois chutes de Jésus:

 

1. La première tentation: Celle de l'Avoir

 

3ème  station: Jésus tombe pour la première fois.

 

Tout commença bien pour Jésus;  le corps robuste qu'il avait  était capable de résister longtemps à la faim. Pendant de nombreux jours, dans   une solitude contemplative et pénitente,  le Christ  laissa son esprit se perdre dans l'amour du Père. Le temps n'existait plus. Le jeûne, en  effet  permet  à  l'âme  de  se  détacher  des  contingences charnelles pour rejoindre Dieu qui est Esprit.   Dans notre société de consommation on se laisse trop aller sur le plan alimentaire. On y perd la maîtrise de son corps. L'abus de la nourriture, le manque d'ascèse, la gourmandise peuvent être des obstacles à la prières. Un temps arriva pourtant ou l'aiguillon de ta faim se fit sentir: vertiges, crampes, maux de tête, pour le Christ. Eh oui, c'est aussi l'Incarnation.

 

Satan vaut savoir qui est Jésus: "Si tu es le Fils de Dieu ordonne à cette pierre de devenir du pain." Astucieuse insinuation.  Si Jésus  s'exécute, il saura la vérité sur cet homme pas comme les autres qui l'intrigue.

 

Le point de départ de la tentation est l'exploitation astucieuse fait  Un fils de Dieu, pense Satan, est maître de la nature. Il peut pour apaiser sa faim, faire un miracle.

 

"Ordonne  à  cette  pierre  de  devenir  du  pain."  L'action  paraît raisonnable. En réalité, elle est sacrilège. Si un homme pouvant se  procurer des aliments par des moyens naturels recourt à des prodiges, il cherche, dans la puissance que Dieu lui a donnée sur les choses, son utilité propre plutôt que le service divin.

 

A cette suggestion ont obéi les faux prophètes. Ils jouèrent avec la puissance qu'ils avaient sur la nature.  Ils en usèrent à leur gré,  sans se soucier de se mettre sous la dépendance de Dieu. Voilà pourquoi  leurs miracles relèvent de la magie. Jésus n'est pas un magicien.  A la croix on entend: "Sauve toi  toi-même."

 

Il est venu nous sauver et il faut qu'il donne sur la croix le grand témoignage d'amour qui soit: sa vie pour ses amis. Et moi: comment est-ce que je me sers des talents que Dieu m'a confiés: pour ma satisfaction personnelle, pour me faire valoir à mes yeux à ceux des autres? Le Seigneur, en particulier, m'a comblé de grâces ­Oui, pour son service, pour la mission. Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu? Tout est donné pour la plus grande gloire  de Dieu et pour le partage.

 

Cette station correspond à la tentation de l'avoir, la tentation du pain. C'est-à-dire aussi des  richesses matérielles,  des bien consommation.

 

"Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra mais..."

 

C'est mon péché Seigneur notre péché a tous qui est trop lourd à porter, le péché de la chair notamment; ces impuretés qui souillent notre âme défigurant ton visage.  Tu tombes, Jésus pour que je ne tombe pas. Ton corps est broyé de souffrances pour que je respecte le mien et celui d'autrui. Fais que, comme toi je me relève pour ton amour, Si j'ai le malheur de commettre le mal.

 

2ème  tentation Celle du Pouvoir

 

7ème  station Jésus tombe pour une deuxième fois

 

Matthieu la situe en troisième  place. Elle a lieu sur une hauteur. De là  le démon fit voir à Jésus tous les royaumes de la terre et lui dit    substance: prosterne-toi  devant moi et tout cela t'appartiendra.

 

Jésus  ne veut être que le Pauvre, le Serviteur. il n'acceptera pour diadème  que la couronne d'épines.  L' homme est un être de puissance; il porte en  lui le pouvoir de créer, de procréer. Mais cette puissance peu  se pervertir en domination au lieu de service.

La tentation du pouvoir est toujours actuelle. Que ne fait-on pas pour obtenir un poste de commandement,  que de sacrifices ne s'impose-t-on pas  pour une place en vue,   combien de compromissions et  de  reniements ne  s'abaisse-t-on  pas   pour être président,  ministre,  directeur de quelque chose.

 

C 'est  l'occasion ici de nous examiner sur la vertu d'humilité, Celle-­ci   est  étudiée par  saint  Thomas avec la vertu de magnificence: vouloir faire   de  grande  choses  pour  Dieu.  Ces  deux  vertus  ne  sont  pas contradictoires.  Il faut voir grand et loin dans  l'apostolat comme la   petite Thérèse qui voulait être missionnaire. Mais elle mettait humblement sa confiance en Celui qui peut tout en nous et par nous et qui nous envoie dans son champ par l'intermédiaire de nos supérieurs, nos patrons.

 

Jésus  répond à la parole de Satan par la force de  la Parole de Dieu. Ici  encore il cite l'Ecriture: "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et à Lui  seul tu rendras un culte."  Dt 6,13

 

Mais les  hommes qui ne croient plus en Dieu ne cessent à travers les siècles  de  se  fabriquer  des  dieux  de  remplacement.  Notre  grande tentation aujourd'hui n'est-elle pas de douter de Dieu, parce qu'il ne se manifeste  pas et de donner notre confiance à 'd'autres divinités?

 

A ta suite O Jésus je voudrais ne donner ma confiance ni au pouvoir, ni aux idéologies politiques, ni au progrès , ni à la mode, ni au sexe.

 

Ne me prosterner que devant Dieu. Le temporel n'est pas mauvais en soi; en faire un absolu est une illusion tragique. Jésus Rédempteur nous libère des faux dieux d'aujourd'hui.

 

Comme à Gethsémani, le jardin de l'agonie, tu tombes la face contre terre, o Seigneur, moins de fatigue que de la charge démesurée de la faute du monde et de la mienne. Tu veux nous libérer de ces péchés de l'esprit, l'orgueil notamment, qui nous font croire que nous chrétiens, sommes supérieurs à ceux qui ne te connaissent pas encore. "Qu'as-tu que tu n'aies reçu?" Et voilà que nous tombons nous aussi dans le péché grave qui nous humilie et nous rappelle que sans toi, dans l'ordre spirituel, nous ne pouvons rien faire. Fais nous comprendre que toute faute peut être bénéfique, si elle nous permet d'être plus humbles et plus confiants en ta miséricorde. Fais que nous nous relevions comme toi.

 

3ème tentation : Celle du Valoir

 

9ème station Jésus tombe pour la troisième fois.

 

Elle se déroule à Jérusalem chez Luc.

 

L'ayant  transporté sur le pinacle du temple, Satan lui dit: "Si tu es le Fils de Dieu, jette toi d'ici en bas". Aucune crainte: la parole de Dieu écarte le risque. Il est écrit, en effet: "Il donnera pour toi des ordres à ses anges, afin qu'ils te gardent. Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre." Ps 91, 11-12. Le diable lui aussi connaît la bible.

 

Quel succès pour la cause de Jésus. La foule nombreuse sur l'esplanade de 400m   sur 300m dominant la vallée de Cédron et où se mêlaient Juifs et non Juifs, aurait vu tomber soudain du ciel le Christ dans le fulgurant éclat d'un thaumaturge.  Et cela à Jérusalem, à deux pas de ce temple qui étincelait au soleil levant, avec ses deux colonnes rouges et ses murailles de marbre bleu, blanc, ce temple, fierté de tout un peuple, haut lieu de la foi juive.

 

L'homme   est un être de désir:  il veut être aimé et reconnu dans sa juste  valeur. Mais ce désir peut se pervertir. Nous avons ici la tentation du valoir, la tentation des prodiges, celle de la vanité, du succès personnel, de la course aux honneurs.

 

La tentation des prodiges fut aussi celle du peuple d'Israël qui ne cessait de demander à Moïse des prodiges pour croire,  celui-ci fit jaillir pour lui l'eau du rocher Ex 17, 6.

 

Ce fut la grande et continuelle tentation qu'on mit devant Jésus tout au  long de sa vie publique. "Fais des miracles dit Hérode:  "Donne-nous  un signe" disent les auditeurs: "Montre que tu es le Messie, manifeste ta Puissance, descends de la croix."

 

Jésus aura la tentation aussi d'échapper à la mort; "Si c'est possible que ce calice s'éloigne de moi" .Lc 22,42

 

Jésus a notre rencontre, a heurté les pierres du chemin, il n'a jamais  utilisé sa puissance divine pour s'évader de la condition humaine. Il a refusé les moyens spectaculaires pour sa mission, choisissant les  moyens pauvres. C'est par son obéissance totale au Père et jusqu'a l'impression d'être abandonné par Lui qu'il montrera qu'il est bien le  Fils unique.  Il sera sauvé de la mort par sa résurrection mais seulement après avoir vécu l'amour jusqu'au bout.

 

Ne   nous étonnons pas d'éprouver à notre tour la tragique tentation,  la  plus grande de toutes, la tentations de l'abandon de Dieu:  "S'il y avait un bon Dieu, il ne  arriverait pas telle épreuve".

 

Jésus répond au tentateur  par une autre  parole de Dieu: "Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu" Dt. 6,16.

 

Ne croyons pas non plus que la publicité tapageuse soit le vrai moyen de  l'apostolat. Si nous avons l'obligation de développer nos talents, que ce ne soit pas pour nous faire valoir aux yeux de tous.   Ne confondons pas l'ambition de L'extension du Règne de Dieu avec nos propres ambitions. Souvent  le tentateur se sert de nos bonnes intentions pour  nous orienter vers notre succès personnel: le diable rentre par notre   porte et nous fait ressortir par la sienne.

 

N'ayons pas la tentation non  plus de mettre Dieu a l'épreuve, de vouloir lui dicter nos volontés,   "Si tu existes,  Si tu es bon, ta dois m'accorder telle guérison, me délivrer de telle épreuve  me donner telle   guérison, me donner le succès à tel examen. Si tu ne remplis pas  mes conditions tu ne m'intéresses plus, tu n'existes plus pour moi."

 

Aux trois  béatitudes  du  Tentateur: "Bienheureux  les  riches, Bienheureux les puissants, bienheureux les honorés " le Christ oppose son programme d'apostolat:  "Bienheureux  les  pauvres,  bienheureux les faibles, bienheureux les obscurs."

 

Aux trois armes de Satan," Richesse, Puissance, Prestige "  Le Christ pose les vertus: "Pauvreté, Humilité, Dépendance."

 

Ce qui est folie pour ce  monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages. 1Co 1, 26-29 Seigneur péniblement tu te relèves pour que, envers et contre tout je me remette à espérer.

 

Amen.

 

Gisèle Turcotte, asf

Quatrième Station : Jésus rencontre sa mère

 

Marie Mère des Douleurs et  Mère de Compassion.


Comme la joie, Marie a partagé avec Jésus la tristesse jusqu'à la mort. Jésus rencontre sa Mère. "La Mère, Marie, rencontre son Fils sur le chemin de la croix. Sa croix à lui devient la sienne, son humiliation et l'opprobre publique deviennent son humiliation à elle. Tel est l'ordre humain des choses, c'est ainsi que doivent comprendre ceux qui l'entourent et c'est ainsi que son cœur le ressent : "La prophétie proférée alors que Jésus avait quarante jours, s'accomplit en cet instant. En cet instant, elle atteint sa plénitude comme jamais auparavant. Marie se dirige donc vers ce glaive invisible, ver le Calvaire de son Fils, vers son Calvaire. La piété chrétienne la voit avec ce glaive dans le cœur et, dans cette attitude, peint ou sculpte de la Mère des douleurs. Mater dolorosa, Mère de compassion.


Ils sentent qu'il convient d'exprimer ainsi le mystère de cette souffrance. Bien que ce soit la sienne propre, qu'il l'atteigne dans le tréfonds de son être maternel, cependant nous exprimons pleinement la vérité sur cette souffrance en disant que c'est de la compassion. Elle appartient à ce même mystère, et constitue pour ainsi dire une unité avec la souffrance du Fils."

 

Syméon dit à Marie, sa mère: "Cet enfant amènera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction afin que se dévoilent les pensées de bien des cœurs. Et toi, une épée te transpercera l'âme". Sa mère gardait fidèlement toutes ces choses dans son cœur (Lc 2, 34-35.51).  Ainsi parle le Seigneur: Cesse ta plainte, sèche tes yeux! Car tes peines auront leur salaire (Jr 31, 16).

 

Il n'est aucune partie de l'histoire de Jésus où Marie n'ait sa place. Parmi ceux qui font profession d'être du nombre des serviteurs de Jésus, il en est qui pensent que l'œuvre de Marie a été finie lorsqu'elle l'eut mis au monde, et qu'après cela, elle n'avait plus qu'à disparaître dans l'oubli. Mais pour nous, Seigneur, nous tes enfants de l'Église Catholique, tel n'est pas notre sentiment au sujet de ta Mère. Nous nous souvenons qu'elle présenta le tendre Enfant dans le Temple   qu'elle Le tint dans ses bras quand les Mages vinrent l'adorer: qu'elle s'enfuit avec Lui en Égypte, qu'elle l'emmena à Jérusalem quand il eût douze ans; qu'Il vécut avec Elle à Nazareth pendant trente années, qu'Elle était avec Lui aux noces de Cana ; que, même lorsqu'Il l'eût quittée pour commencer sa prédication, Elle le suivait autant qu'il était possible. Et maintenant Elle s'approche de Lui quand Il monte le chemin sacré avec sa Croix sur les épaules.

 

Marie, femme de force et de lucidité, ton consentement libéra notre liberté. Sans lui, malgré la fervente attente du Père, le Verbe n'aurait pu s'incarner. "Qu'il m'advienne selon ta parole" : L'Esprit alors a pu venir sur toi, première Pentecôte, et retentir le Cantique des Cantiques, celui de l'histoire et celui de l'univers. Marie, tu étais une très jeune fille de Galilée. Tu ne pouvais tout à fait comprendre et ton visage se faisait grave et doux quand en silence tu méditais tant de merveilles. Peut-être plus tard as-tu douté dans ton inquiétude de mère . Mais l'évidence à toi s'est imposée, l'évidence de l'accomplissement des prophéties car Dieu déploie la force de son bras et comble de biens les affamés. Alors tu as suivi Jésus sur son chemin de Croix, un glaive dans le cœur. Sans doute pleurais-tu, mais c'est lui qui t'a consolée: ne pleure pas, ma mère, car dans trois jours je ressusciterai. Marie est dans la foule, elle cherche son Fils comme elle l'a cherché lorsqu'Il était enfant. Elle l'aperçoit debout comme il était debout au milieu des docteurs et ressent que le glaive qui lui était destiné commence à pénétrer son cœur. Dans le martèlement de son sang, elle entend les paroles qu'il avait dites alors: « Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ». Et dans le silence, la nouvelle Ève rejoint le nouvel Adam dans l'accomplissement de la volonté du Père. Il ne dit rien. Elle se tait bien que monte en elle une longue plainte, celle de Rachel qui pleure ses enfants, elle ne veut pas être consolée. Ils sont soudain seuls, tous les deux, au milieu de la foule. L'amour de toutes les mères de la terre au chevet de l'enfant mourant les unit d'une manière unique. Marie devient ainsi la tendresse de Dieu. Elle devient "ministre de la compassion" Oui, elle souffre avec son divin Fils. Elle garde tout dans son cœur de mère. Elle vie une passion toute intérieure. Elle est la première âme réparatrice. Elle souffre toute la souffrance du monde son cœur est meurtri .Quand Dieu se cache au moment de l'épreuve, quand les hommes nous abandonnent même les amis les plus chers, quand nos propres forces semblent aussi nous trahir, il nous reste Marie. C'est un fait d'expérience, des plus grands saints, qui en témoignent aux plus humbles croyants, celui qui a pris Marie dans son cœur, ne sera plus jamais seul. Particulièrement dans les épreuves et les nuits spirituelles, lorsque nous croyons que nous avons perdu l'amour, il nous reste la tendresse et un ineffable bien qui est une discrète consolation. Dans le silence divin creusé au sein des hurlements du monde se sont unis les deux cœurs de la mère et de l'enfant, du créateur et de la créature, de la nouvelle Ève et du nouvel Adam, du Christ et de l'Eglise.

 

Marie tente de s'élancer vers Jésus, dans le grand désir de l'aider, de le consoler. Elle ne le pouvait pas. Mais ce geste et le désir de son Cœur  ont grandement consolé Jésus. Faisons ainsi souvent comme Marie : élançons-nous vers Lui ; et, plus tard, nous verrons les joies que nous lui aurons données. En l'embrassant, Marie a reçu la force d'assister à la mort affreuse de son Fils. Elle fut tachée de son Sang. Demandons-lui d'envoyer ces gouttes à la conversion des pécheurs. Cela coûte cher une âme. Il faut du temps et des sacrifices. Souffrons pour elles. Attachons nos souffrances à celles de Jésus, afin de plaire davantage au Père. La Passion et la mort que Jésus souffre dans son Corps,  sa Mère les souffre dans son Cœur. Et ce qu'aucun prophète n'a pu faire, une toute jeune fille l'accomplit. Parmi les filles d'Ève, elle a trouvé grâce aux yeux de Dieu, la voici l'Épousée du Consolateur. Et par elle nous serons consolés comme une mère console ses enfants.

 

Marie, que fait-Il ton Fils ? Pourquoi marche-t-Il à la mort ? Qu'Il demeure avec nous car une nuée se lève et les ténèbres auront bientôt recouvert la terre. Femme, qui es-tu pour qu'ainsi Il te regarde, qu'y a-t-il entre toi et lui ? Et ton regard de douleur et de force, de secrète joie et d'agonie mystérieuse, et vos âmes qui se touchent et s'appuient l'une sur l'autre et se reposent et communient aux racines de la souffrance ! Y a-t-il jamais eu une telle union intime entre l'homme et la femme ? Douce Mère, fait que nous pensions toujours à toi quand nous penserons à Jésus, et quand nous Le prierons, aide-nous toujours par ta puissante intercession.

 

Jésus à sa mère :

Ô Mère, tu me cherchais dans la ville comme la fiancée au milieu des gardes. Tu m'as trouvé, aimée de mon âme, et ton regard transperce mon cœur aussi sûrement que la lance du soldat, et je sais qu'à ma vue ton cœur est déjà transpercé et s'unit au mien parfaitement. Je suis venu dans ce Saint Cœur, image et ressemblance de Mon Sacré-Cœur, pour devenir le Dieu-Homme afin que Je suive Ses pas et que, plus tard, Elle suive les Miens. J'ai dit qu'Elle et Moi avons tout partagé jusqu'à la Croix; Notre Union était si intimement parfaite que Nous n'avions pas besoin de parler, car la seule et unique expression était dans Nos Cœurs. Mes paroles et Mes pensées n'avaient pas besoin de lui être transmises en Mon absence; dans le suprême pouvoir de Mon Saint Esprit, tout était connu d'Elle; dans Son Cœur virginal, tout était connu d'Elle, puisqu'elle possédait Dieu et que Dieu La possédait.

 

Prions:

 

O Marie, ma mère, j'élève vers toi tous les enfants du monde et les confie à ton cœur.

O Marie, ma mère, j'élève vers toi l'Eglise et te demande de me remplir de ta tendresse pour être en son cœur l'amour.

O cœur meurtri de Jésus par les souffrances de ta mère, je t'adore en silence et te rejoins par le cœur que tu as mis en moi et que ton Esprit a blessé.

Cependant, ô Mère., tu es encore là, près de moi, tu vas me conduire par la main, me donner le courage et la force de franchir sans crainte les défilés semés d'épines. Je te demande encore de rester près de moi, de me protéger, d'être en tout mon PERPETUEL SECOURS jusqu'au jour ou Jésus me conduira au ciel. 

 Sainte Marie, Mère de Dieu, prie-le pour nous quand la Croix innombrable de l'humanité devient un glaive dans nos cœurs. Qu'avec toi nous mettions au monde ce Dieu exclu que tu sus accueillir pour qu'il renouvelle tout par son amour. Sainte Marie, Mère de Dieu, donne à chacun cette maternité de l'âme qui permet le rayonnement de l'amour.

Amen.

 

Michel Nolin asf

 

Cinquième Station : Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix

 

"Quand ils l'emmenèrent, ils mirent la main sur un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs, et le chargèrent de la croix pour la porter derrière Jésus." (Lc 23,26)

Les soldats réquisitionnent, pour porter la croix de Jésus, un passant qui venait de la campagne, Simon de Cyrène, le père d'Alexandre et de Rulus. Les deux hommes signalés par l'évangéliste Marc, les fils de Simon, étaient connus de la communauté primitive. Sans doute en étaient-ils membres. Simon aurait donc eu la chance de voir ses deux fils devenir chrétiens.

 

Pourquoi les soldats réquisitionnent-ils un passant plutôt qu'un autre? On peut supposer que Simon a eu le courage de manifester sa désapprobation devant le spectacle de Jésus épuisé, forcé à porter sa croix. "Eh bien, porte-la, toi", lui ont peut-être dit les soldats. Cet homme a sans doute eu le courage de se "mouiller" en faveur de Jésus.

 

La réplique des soldats, vexant sur le moment, est en réalité pour Simon un extraordinaire privilège. Simon est l'homme qui, sur le chemin du Calvaire, a porté le plus inimaginable trésor, la croix du Christ.

 

Il devenait évident que Jésus ne pourrait pas tenir jusqu'au bout. Il fallait qu'on l'aide à porter sa croix.

 

Pauvre Simon! Il avait déjà toute sa journée derrière lui. Il devait penser à sa femme, au repas qui l'attendait, à la fin de la journée tranquille qu'il allait passer à la maison. Et voilà qu'on l'embrigade pour une nouvelle tâche.

 

A-t-il rendu service à Jésus de bon cœur?

On n'en est pas certain. On lui avait forcé la main. Il était en service commandé. Il a quand même bien accompli sa besogne. Il a aidé Jésus à se rendre jusqu'au sommet du Golgotha.

 

Viendra-t-il ce jour ou, spontanément, les hommes iront vers leurs frères et sœurs pour les aimer?

 

Viendra-t-il ce jour, ou, spontanément, ceux qui possèdent iront partager avec ceux qui manquent de tout?

 

Viendra-t-il ce jour, où, spontanément, nous irons vers ceux qui souffrent pour les soulager?

 

Autour de nous, il y a quantité de gens qui ont besoin que nous les aidions à porter leur croix: cette jeune fille mère qu'on rejette; cet alcoolique qui a besoin d'apprendre à ne vivre que vingt-quatre heures à la fois; ces jeunes couples lancés dans la vie et dont les partenaires ne parviennent pas à s'adapter l'un à l'autre; ce ménage qui fonctionne sur trois roues parce que l'égoïsme et l'orgueil ne cessent de le ronger; cette personne plus ou moins dépourvue dont on abuse, sachant qu'elle ne se plaindra pas.... Et combien d'autres?

 

Malgré tout ce que nous voyons, malgré toutes les interpellations, malgré les défis, malgré les messages, se trouve-t-il encore sur la route des Simon de Cyrène???

 

Si tout simplement nous acceptions, le moment venu, de porter la croix des autres, tout comme Simon l'a fait pour Jésus ! Bien sûr, cela pourrait nous conduire loin, hors des sentiers battus....

 

Une réflexion de Mère Teresa, à partir du chapitre 25 de Matthieu, "Quand j 'avais faim, tu m'as donné à manger, quand j 'avais soit tu m'as donné à boire, etc...":

 

Maintenant, entrez dans la maison de mon Père.

Quand j'étais sans logis, tu as ouvert tes portes,

Quand j'étais nu, tu m'as donné ton manteau,

Quand j 'étais fatigué, tu m'as offert le repos,

Quand j 'étais inquiet, tu as calmé mes tourments,

Quand j'étais petit, tu m'as appris à lire.

Quand j'étais seul, tu m'as apporté l'amour,

Quand j'étais en prison, tu es venu dans ma cellule,

Quand j'étais alité, tu m'as donné des soins,

En pays étranger, tu m'as fait bon accueil,

Chômeur, tu m'as trouvé un emploi,

Blessé au combat, tu as pansé mes plaies,

Cherchant la bonté, tu m'as tendu la main,

Quand j 'étais noir, ou jaune, ou blanc, insulté et bafoué, tu as porté ma croix,

Quand j 'étais âgé, tu m'as offert un sourire,

Quand j 'étais soucieux, tu as partagé ma peine.

 

Mère Teresa

 

Choisir le Christ suppose de marcher sur une seule voie, non pas sur deux à la fois. Qui voudrait en même temps le suivre et se suivre soi-même se mettrait à suivre sa propre ombre, dans la poursuite du prestige humain ou de la considération sociale.

 

Que nous demandes-tu, toi le Christ? Avant tout de porter les fardeaux les uns des autres et te les confier dans nôtre prière toujours pauvre.

 

Qui dépose en toi ses fardeaux, tu l'accueilles, et c'est comme Si, à tout moment, en tout lieu, tu le recevais dans la maison de Nazareth.

 

En qui se laisse accueillir par toi, le serviteur souffrant, le regard intérieur perçoit, au-delà de ses propres confusions, un reflet du Christ de gloire, le Ressuscité.

 

Et l'être humain est rendu vivant, chaque fois que tu le visites par l'Esprit Saint Consolateur.

Frère Roger

 

Seigneur Jésus, tu nous invites à porter courageusement nos croix et à aider les autres à porter les leurs. Tu nous demandes d'être sensibles aux misères d'autrui, à ne pas nous replier sur nous-mêmes, à nous ouvrir aux autres pour les soulager, même Si ces autres ne sont pas nos parents et nos amis. Tu nous invites ainsi à la réconciliation en considérant tous les humains comme nos frères et sœurs.

 

Peut-être m'arrive-t-il de me trouver, par surprise, réquisitionné pour porter la croix de mes frères et sœurs. Telle misère, telle souffrance, telle détresse, se présente subitement à moi, je suis contraint de la prendre en charge, de me gêner, de renoncer à mes affaires à moi.

 

Si je suis généreux, Si je charge cette croix avec amour, je peux être très contrarié sur le moment, mais un jour ou l'autre je comprendrai qu'ayant porté la peine du plus petit frères de Jésus, c'est la glorieuse croix du Seigneur que j'aurai portée.

 

Jésus, je t'aime... Pour ton amour à travers les chutes.

Tu veux m'aider à vivre les miennes, à accepter ton secours dans la personne de mes frères et sœurs, et surtout à me porter à leur secours.

MERCI SEIGNEUR!

 

Père Samuel Chiasson, ofm cap.

 

Sixième station : Véronique essuie la face de Jésus

 

"Je ne me suis pas rebellé, je n'ai pas reculé...Je n'ai pas soustrait ma face  aux outrages et aux crachats" (Isaïe 50,5-6)

 

Il n'a ni apparence ni beauté pour frapper nos regards, ni splendeur pour attirer sur lui notre amour. Méprisé et rejeté par les hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face (Is 53, 2-3).

 

De toi mon cœur a dit: "Cherche sa face". C'est ta face, Seigneur, que je cherche, ne me cache point ton visage (Ps 27, 8-9).

 

" J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli; nu, et vous m'avez vêtu; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi. "  (Mt 25, 35-36)

 

C’est l’unique épisode inventé par la piété populaire pour donner à tous et à chacun une place dans le chemin de croix : la place d’amour et de tendresse qui revient à l’Épouse.

 

Entre Véronique et Jésus - entre nous et le Crucifié - un voile : un voile pour essuyer le visage tourmenté de l’Époux, pour lui rendre forme et beauté.

 

Véronique représente et décrit la destinée féminine et sponsale de toute l’humanité ; la nature intime de l’Église née du côté du Christ et irrévocablement unie à Lui ; la vocation et la mission pour lesquelles est choisie, ici-bas, chaque âme chrétienne.

 

Véronique est la femme du Cantique des Cantiques, celle dont la passion d’amour est devenue com-passion, une vraie souffrance à côté de l’Aimé.

 

Il est Véronique, celui qui garde en soi l’image de l’Aimé, pour savoir toujours le retrouver.

 

Nos communautés chrétiennes sont Véronique, quand elles cherchent dans la foule le visage de l’Aimé, qu’elles le découvrent dans les visages les plus humiliés et qu’elles s’attardent à les nettoyer avec une douceur infinie.

 

Véronique, ce sont aussi tes saints prêtres, chaque fois qu’ils s’attendrissent en rencontrant ton visage défiguré, et qu’ils l’honorent avec une charité inépuisable et une diligence géniale.    

 

On disait alors d'un esclave qu'il est "sans visage", et voici que le plus beau des fils des hommes n'est plus que cet esclave torturé qu'on voit d'autant moins qu'on le torture. Ainsi s'est-il identifié à tous les "sans-visages" du monde. Seule une femme, un être de tendresse et de compassion, d'un geste de mère ou d'amante, a libéré ton visage du masque de sueur, de sang, de crachats. Et voici que la Sainte Face, imprimée sur le voile de Véronique ou celui que reçut un roi d'Edesse ou le suaire brûlé du feu de l'Esprit, se multiplie dans nos églises pour nous apprendre à déceler, sous tant de masques, le visage de l'homme, sous tant de masques le visage de Dieu.

 

Cette femme courageuse voit son Sauveur tout défiguré; elle ne craint pas, elle s'élance à travers de la foule pour aller essuyer le visage ensanglanté de Jésus. Oh! comme elle est chanceuse! Mais le bonheur de cette femme est le nôtre; nous l'oublions... Tous les jours nous pouvons essuyer la face meurtrie de Jésus, dans notre prochain. Tous les jours, nous pouvons également proclamer publiquement notre attachement à Jésus, en nous montrant fidèles à Ses commandements, à Son Evangile et à toutes Ses volontés.


Nous aimons le spectaculaire, nous aimons l'exceptionnel, mais nous manquons d'amour. Pourquoi Véronique a-t-elle posé ce geste si courageux, alors que les Apôtres, eux, s'enfuyaient? C'est parce qu'elle aimait et l'amour donne des ailes.

 

Afin que éternellement son image s'y attacha, qui est faite de son sang, de ses larmes et de nos crachats, Véronique essuie le visage de Jésus.

 

Pas un homme donc, qui se précipite! Où es-tu Pierre? Où es-tu Jean, toi que le Seigneur aime d'un amour de prédilection? Pas un qui te console! Mais qui a-t-il entre toi et la femme? Quel mystère vous unit-il pour qu'une d'elle se laisse emporter par l'élan violent de son âme? Et ce linge qu'elle tient, servait-il à cacher sa douleur? Elle se dévoile et dévoile son amour, elle se prononce pour toi devant les hommes. Elle sait que tu ne rougiras pas d'elle devant le Père. Elle ne craint pas les soldats, car l'amour parfait bannit la peur. Elle te suivait depuis des jours peut-être.

 

Et c'est à cette heure terrible que sa passion rencontre ta passion. Elle pourrait s'appeler Marie Madeleine mais on ne la nommera plus que Véronique, vraie image, vraie icône. Elle portera pour toujours le nom de ta face.

 

Des multitudes avaient été épouvantées à sa vue tant son aspect était défiguré. Il n'avait plus d'apparence humaine. Ici, nous est dévoilé un secret du cœur de Dieu, ce que vous aurez fait au plus petit, c'est à moi que vous l'aurez fait. Nous saurons, en effet que nous sommes avancés dans la connaissance de Dieu quand nous le reconnaîtrons sous les traits de son abjection.  Lorsque le visage d'un petit mongolien couvert de bave comme celui de Jésus était couvert de nos crachats, éveillera en nous un attrait irrésistible parce que nous y lirons clairement les traits du bien-aimé que nous avions chercher sans relâche, tel François surmontant son dégoût physique mais mû par une puissance intérieure donna le baiser au lépreux. L'amour lui dévoila ses traits, c'était ceux de Jésus. Que se passe-t-il alors lorsque notre âme est ainsi portée vers les plus petits, eh bien, elle devient comme le voile de Véronique et la face ineffable du Christ s'imprime en elle, pour toujours.

 

Aime tout homme qui porte ce visage. Aime au-dessus de tout celui qu'on a frappé sans cause ou avec raison, aime celui qui a reçu les crachats du mépris et de l'anathème. Chéris la dissemblance chaque fois que tu la rencontres, sache qu'elle porte mon image. Mets-toi à l'école de cette femme qui, emportée par son amour, s'est précipitée vers moi comme François vers le lépreux. Il n'y a pas trace de cette femme qui sort de la foule et vient vers le visage meurtri de Jésus. Véronique pose un geste de tendresse courageux et spontané à l'égard de celui que tous ont rejeté. Pilate demandait : qu'est-ce que la vérité ? Véronique, elle, pose un geste de vérité. Comme elle, bien des hommes et des femmes osent sortir de la foule et embrasser le visage du maudit.  A ceux-là, c'est le visage de Dieu qui se révèle comme un visage de lumière, dans la face du crucifié.

 

Jésus nous dit

 

Je Me suis laissé couronner d'une couronne d'épines, Je leur ai permis de se moquer de moi et de cracher sur Ma Sainte Face . J'ai alors senti quelqu'un qui essuyait Mon Visage. oui, regarde Ma Face. De M'avoir seulement regardé, cela Me console. Dis-leur qu'il faut si peu pour Me consoler. Viens Me louer en M'aimant.

 

Si seulement vous saviez comme Je suis prêt à pardonner les crimes de votre ère, pour un seul regard affectueux porté sur Moi, un moment de regret, un soupir d'hésitation, une légère reconsidération. Un sourire à Ma Sainte Face et Je pardonnerai et J'oublierai. Je ne regarderai même pas Mes Plaies. J'effacerai de Ma vue toutes vos iniquités et vos péchés, n'auriez-vous même qu'un instant de regret, et tout le Ciel célébrerait votre geste, car votre sourire et votre regard affectueux seront reçus par Moi comme de l'encens, et ce léger instant de regret sera entendu par Moi comme un nouveau cantique.

 

Voyez comme l' amour de Véronique sait vaincre son respect humain.  Contemple mon Visage douloureux.  Ce sera comme le doux linge de Véronique.  Elle me le tendait et, d'une main, je l'appuyais sur ma Face, lui en laissant l'empreinte.

 

Regarde ma figure de pauvre homme, battue par des esclaves en fureur.  Regarde mes yeux remplis de larmes et de Sang et souviens-toi que je suis ton Dieu.  Regarde bien mon Visage, quand je sauvais les hommes.

 

Un visage qui veut donner la Vie, vous imaginez ce qu'il peut exprimer d'Amour.

 

Contemplez, aimez ces blessures que j'ai gagnées à votre service. je dis bien gagnées ; car c'est un gain de mon Cœur pour vous. Voyez si vous ne pouvez pas commencer à m'aimer comme je veux l'être, par-dessus tout.

 

Quand tu me consoles, j'imprime ma Face sur ton âme.

 

 

Prions:

Face adorable de Jésus, poste-toi comme un sceau sur mon cœur, comme un sceau dans mon âme.

 

O Jésus, je t'adore dans tous ceux qui n'ont plus de figure. Ceux dont on se détourne et que l'on retranche de la société des hommes.

 

O Dieu, toi, l'inimaginable, tu nous a révélé ta face dans un visage d'homme transfiguré, dans un visage d'homme défiguré. Car la Vie s'est manifestée elle nous est apparue . Donne-nous le regard de Véronique pour deviner en tout homme ton image. Et comme sur le voile miraculeux, imprime ta face sur notre cœur pour qu'il s'embrase.

 

Face adorable de Jésus, pose-toi comme un sceau sur mon cœur, comme un sceau dans mon âme.

Ô Jésus, je t'adore dans ceux qui n'ont plus de figure, ceux dont on se détourne et que l'on retranche de la société des hommes.

Pardonne-nous,Seigneur,

tu sauves par ta mort.

Pardonne-nous, Seigneur,

Pardonne-nous encore.

 

Seigneur, dans le visage défiguré de ceux qu'on a jeté hors de l'humanité, c'est ta face de lumière qui nous fait signe. Ne nous permets pas de nous dérober au visage du pauvre, à ton visage. Tu nous a lavé les pieds, apprends-nous à nous laver les pieds les uns aux autres.

 

Reçois le baiser de ce linge, ô visage de l'amour et le plus beau des enfants des hommes. Le nouvel Adam est en train de naître, je le vois dans ce mélange d'eau, de sang et de boue. Plus que sur ce linge, pose-toi comme un sceau sur mon cœur, imprime à jamais ta ressemblance dans la chair du cœur de l'homme.

 

Jésus, défiguré, toi le plus beau des enfants des hommes, tu t'es laissé aimer dans toute ta pauvreté. Nous voulons nous laisser aimer et regarder par toi, dans toutes nos pauvretés et nos souffrances ; alors, de nos révoltes nous serons guéris. Demandons cette grande grâce de l'amour de Dieu. Que Jésus, par Sa Sainte Passion, embrase nos cœurs de Son amour, cet amour qui nous rendra tout facile et prêts à tout pour notre Dieu.

 

Amen

 

Michel Nolin, asf

 

Huitième Station : Jésus rencontres les femmes de Jérusalem

 

« Jésus était suivi d'une grande multitude du peuple, entre autre de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Jésus se tourna vers elles et leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants.  Voici venir des jours où l’on dira : 'Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !' Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines : 'Cachez-nous'. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ?» (Lc 23, 28-31).

Ces femmes ont tort de se lamenter sur le sort de Jésus. Et nous avons tort, nous aussi, de faire le chemin de croix en nous lamentant sur ce que Jésus a dû souffrir.

Notre vocation de disciples, ce n'est pas de pleurer sur lui, mais de le suivre sur un chemin de croix qui est chemin de résurrection.

Suivre Jésus avec nos tristesses, nos angoisses, nos joies et nos espoirs.

Car la passion du Christ est aussi passion des hommes et c'est une passion qui conduit à la résurrection, celle de Jésus et aussi la nôtre.

 

Voici l'appel au regret, au véritable repentir, aux vrais pleurs pour les actes mauvais. Jésus dit aux filles de Jérusalem navrées de le voir dans un tel état. On ne peut glisser à la surface du mal, il faut l'atteindre aux racines, aux causes, à toute la vérité intérieure de la conscience.

C'est précisément ce que Jésus veut dire en portant sa croix, lui qui savait ce qu'il y a dans l'homme. Et c'est pourquoi il doit rester à jamais le témoin le plus proche de nos actes et des jugements sur ces actes que nous formulons dans notre propre conscience. Peut-être même nous donne-t-il de savoir qu'il faut que ces jugements soient sereins, sains et objectifs - Ne pleurez pas, recommande Jésus - et en même temps nous donne-t-il à entendre que ces jugements sont liés avec toute cette vérité, à savoir qu'il porte la croix.


Je te supplie Seigneur, fais-moi vivre et marcher dans la vérité !

 

Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que les femmes qui se frappaient la  poitrine et se lamentaient sur Jésus. « Un moment, Jérusalem, Je t'avais abandonnée, mais, dans Ma grande tendresse, Je te rassemblerai. Ma colère avait débordé, et un moment Je t'avais caché Ma face. Mais dans Mon amour éternel J'ai pitié de toi », dit le Seigneur, ton Rédempteur. (Is 54,7-8)

 

Ce sont là les paroles de Jésus aux femmes de Jérusalem qui pleuraient, exprimant ainsi leur compassion pour le Condamné. «Ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !» À ce moment-là, il était certainement difficile de comprendre le sens de ces paroles. Elles contenaient une prophétie, qui devait se vérifier rapidement. Peu avant, Jésus avait pleuré sur Jérusalem, annonçant l’horrible sort qui la frapperait. Maintenant, il semble se référer à cette prédiction : «Pleurez sur vos enfants...»

 

Pleurez, parce qu’ils seront, eux précisément, témoins et participants de la destruction de Jérusalem, de cette Jérusalem qui «n’a pas reconnu le moment où Dieu la visitait» (cf. Lc 19, 44).

 

Si, tandis que nous suivons Jésus sur le chemin de la croix, s’éveille en nos cœurs la compassion pour sa souffrance, nous ne pouvons pas oublier cet avertissement.  «Si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ?»

Pour notre génération, qui est au début d’un nouveau millénaire, plutôt que de pleurer sur le Christ martyrisé, c’est l’heure de «reconnaître le temps où elle est visitée». Déjà resplendit l’aurore de la Résurrection. «C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut» (2 Co 6, 2).

 

À chacun de nous, le Christ adresse ces paroles de l’Apocalypse : «Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. Le vainqueur, je le ferai siéger près de moi sur mon Trône, comme moi-même, après ma victoire, je suis allé siéger près de mon Père sur son Trône» (3, 20-21).

 

Etrange consolation, qui menace ces femmes et leurs enfants d'un châtiment pire encore : "Si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec ?" Si on refuse de croire à l'enfer, on reçoit de telles paroles avec une désinvolture et une légèreté qui rejaillissent sur Dieu même, dont S. Paul a pourtant dit qu'on ne se moque point. En évacuant le dogme de l'enfer, on évacue non seulement cette parole et un grand nombre d'autres aussi précises dans l'Evangile, mais le spectacle même de la Croix du Christ, qui perd alors toute signification. Faire le Chemin de Croix dans ces conditions c'est se ranger, en mettant les choses au mieux, du côté des apôtres troublés prêts à renier leur Maître, et de la foule incrédule - au pire du côté de ceux qui veulent se débarrasser de Jésus. Tout homme qui se débarrasse de Jésus avec des mots et une théologie de son goût est prêt à s'en débarrasser avec des actes - des actes de persécuteur. Je le dis sans juger personne, car de tout persécuteur Dieu peut faire comme de Saul un vase d'élection : je parle seulement de l'esprit qui anime les théologies modernes, sans que ce soit une injure de leur dire ce que Jésus disait aux Apôtres : "Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes".

Ce n'est pas en effet pour des motifs légers qu'on refuse l'enfer. Légers intellectuellement, ils le sont : mais affectivement ils sont lourds d'une révolte implacable contre la Vérité de Dieu et la Vérité de l'Amour. Celui qui s'abandonne à cette révolte cherche à se débarrasser de Jésus-Christ à tout prix, et il devient vite vrai de dire pour lui ce que les saints disent du péché mortel : qu'ils renouvellent la Passion en crucifiant de nouveau Jésus-Christ. C'est vrai de tout péché mortel, mais ce l'est particulièrement de cette révolte contre la foi, et contre la lumière qui nous dénonce comme pécheurs. Le monde a préféré les ténèbres à la lumière parce que ses oeuvres sont mauvaises et qu'il ne veut pas qu'elles soient révélées comme telles. Alors, vous qui me regardez sans croire à l'enfer, ne pleurez pas sur moi mais sur vous et sur vos enfants : car si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en sera-t-il du bois sec ?

 

PRIÈRE

Seigneur Jésus,

 

avec toi, nous passons de la mort à la vie chaque fois que nous passons à l'accueil, au pardon, au service.

 

Aide-nous à mourir à l'exclusion, à l'égoïsme, à la haine, à l'orgueil, au péché pour que nous naissions avec toi à la grâce.

 

Voici la première fois, ô Jésus, que ton visage apparaît tout entier, de face. Il est splendide! Laissez-moi, tout d'abord le regarder un bon moment, sans rien dire... laissez-moi m'imprégner de cette lumière qu'il rayonne... laissez-moi contempler à loisir ces yeux grands ouverts, douloureux infiniment, si pénétrants, si mystérieux, si profonds... laissez-moi m'enthousiasmer pour cette dignité dans la souffrance, cette attitude fière et royale, cette tête si droite, ce visage si humain dans sa tristesse immense, si Divin dans sa Sereine Majesté.

 

Tes regards et tes paroles dépassent ces quelques femmes, tes yeux immobilisés semblent sonder l'horizon lointain et percer les voiles de l'avenir. Ils ont l'acuité et la profondeur des regards prophétiques. Je sens sur moi, en moi, se fixer leur puissante inquisition. Je les sens me faire leurs fermes reproches. Et Tu me dits aussi, de cette bouche, d'où jaillit toujours toute vérité : Ne pleurez pas sur moi d'inutiles larmes; mais pleurez sur vous. La compassion ne doit pas s'arrêter à mes souffrances, elle doit aboutir à la fuite énergique et à la réparation vigoureuse des fautes qui en sont la véritable cause.

 

Ô Christ, toi qui es venu en ce monde pour visiter tous ceux qui attendent le salut, fais que notre génération reconnaisse le temps où elle est visitée  et qu’elle ait part aux fruits de ta Rédemption.  Ne permets pas qu’il faille pleurer sur nous et sur les hommes du nouveau siècle  parce que nous avons repoussé la main du Père miséricordieux. À toi, Jésus, né de la Vierge Fille de Sion, honneur et gloire pour les siècles éternels. Amen.

 

Michel Nolin, asf

 

Dizième Station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

 

Enseignement que Jésus nous donne en se laissant dépouillé de ses vêtements

 

1.       Traitement indigne objet de la 10ème station du chemin de croix que nous méditerons ce soir.

2.       Seigneur à souffert ce dépouillement pour expier tous les péchés.

3.       Jésus dépouillé de ses vêtements est devenu la vive Image de l'homme pécheur privé de la grâce.

4.       Le dépouillement est un symbole spirituel sans lequel nous ne saurions être chrétien.

5.       Par ce dépouillement spirituel, en effet nous renonçons au péché et à tout ce qui peut nous conduire au péché. Le vêtement aujourd'hui la nudité, T.V. "suivre la mode"

6.       Enfin les Évangiles attestent que Jésus ne fut pas soumis à la coutume romaine suivant laquelle les condamnés marchaient au supplice complètement nus. Ils le dépouillèrent de la "Chlamyde" de pourpre et lui remirent ses vêtements pour le faire crucifier.

7.       Jésus était-il nu sur la croix? Tout d'abord il est bien évident qu'avant de le crucifier, on Lui à enlevé ses vêtements, puisque les soldats se les sont partagés et ont tiré sa tunique au sort. Jn 19, 23

8.       Le père Halzmeister: "les pères sont unanimes à affirmer cette nudité, mail il apparaît qu'ils basent généralement cette opinion sur des raisons de symbolisme tirées de l'Ancien Testament : Adam était nu pour pécher / Jésus est nu pour nous racheter.

Subligaculum: "espèce de caleçon"

Saint Chrysostome: "Il était même nu à la mort"

Alexandre d'Alexandrie dit que le soleil se cacha devant la nudité de Jésus. La lumière des astres fut obscurcie parce qu'était vraiment mis à nu celui qui vêt toutes choses. Mais aucun artiste n'à voulu faire un crucifié entièrement nu. Or c'est ce que nous trouverons sur le linceul.

9.       Se jetant avec fureur sur Jésus pour le dépouiller. Tout se fait avec autant d'impiété que d'emportement et comme sa tunique se trouve collée sur ses plaies, celles-ci sont déchirées et rouvertes, elles répandent un sang abondant et causant les plus cruelles douleurs au patient.

10.     Jésus apparaît nu et c'est avec une honte et une peine toujours croissantes, mais il ne refuse pas cet ignominieux tourment de nudité, par le désir de nous revêtir d'une vie immortelle.

11.     O mon âme regarde ton Sauveur tout sanglant et adore avec un profond respect son Sang qui coule par terre, parce que c'est le Sang Divin qui te rachète. Vois le Fils unique du Père Eternel lever les yeux vers le ciel et rendre grâce de ce qu'Il est enfin arrivé au moment d'être attaché pauvre et nu sur la croix, pour ton amour mais comprends-tu bien ce qu'il t'enseigne par sa nudité."Seuls les pauvres et les nus peuvent vaincre le monde et le démon. Le royaume de la béatitude éternelle ayant été promis exclusivement aux pauvres. Définir ici le sens de pauvres suite à l'Évangile". *Vivre dans le détachement des choses de ce monde, évitant de les aimer et de les désirer, cherchant à les mépriser.

12.     Oh mon Jésus qui avez voulu naître pauvre, vivre pauvre, mourir plus pauvre encore, éclairez-moi de façon à mépriser tout cela et faites-moi aimer la pauvreté, comme François d'Assise. Vous qui vous êtes fait pauvre par choix, afin de nous distribuer vos immenses richesses donnez-moi pour très riche fortune la pauvreté de l'Esprit, elle tiendra mon cœur résigné et détaché.

13.     La vertu n'est pas dans la pauvreté mais dans l'amour de la pauvreté, elle est moins dans les effort que dans l'affection.

14.     Il accepte d'être nu, afin que chacun de nous soit revêtu de l'homme nouveau(Col.3,10) "Jésus à donc entrepris la profonde purification du corps dans la mort afin que meure enfin la mort" Fernand Ouellette

15.     Sur la croix, il accepte d'être dépouillé de tout pour manifester avec force qu'il n'à que l'amour de Dieu son Père pour vivre : "Père entre tes mains je remets mon Esprit"

16.     Sur la croix, dépouillé de toute apparence, sans rien pour attirer le regard, Jésus demeure libre, la chair devint langage, parole d'amour. Son cœur demeure ouvert jusqu'au dernier souffle. Il se donne pour tous.

17.            Résurrection : Le Christ en vêtement de lumière. Il est debout il à brisé les portes de la mort.

 

Ressuscité : Il vient attester la fidélité du père et révéler la beauté et la fécondité de l'amour.

Ce qui apparaissait la défaite définitive de l'Amour devient le triomphe de Dieu.

 

En Jésus Christ, Dieu ne donne pas une réponse à nos souffrance, il offre Sa présence. Plus rien ne brisera l'Alliance du Golgotha.

 

"Ils partagèrent ses vêtements en les tirant au sort." Jn 19,23, Mt27,37, Mc 15,24, Lc 23,34.

 

Jn23 : "Lorsque les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses vêtements et firent quatre parts, une part pour chaque soldat et la tunique. Or la tunique était sans couture tissée d'une pièce à partir du haut. Ils se dirent donc entre eux: 'Ne la déchirons pas mais tirons au sort qui l'aura' afin que l'Écriture soit accomplie : 'Ils se sont partagé mes habits et mon vêtement, ils l'ont tiré au sort.' Voilà ce que firent les soldat ."

 

La tunique: sans couture tissée d'une seule pièce était un vêtement que portait le grand prêtre lorsqu'il offrait le sacrifice. Que Jésus en ait porté une le jour de sa mort pouvait au profane, une simple coïncidence, certainement pas pour Jean qui à l'époque où il écrit considère Jésus comme le seul véritable prêtre et sa mort comme le seul véritable sacrifice capable de réunir tous les enfants de Dieu dispersés.

 

"La croix l'autel"

"Jésus la victime, le sacrifice"

 

Dieu est nu, exposé aux regards.

Nu comme notre père Adam.

Nu comme la terre, nue et désolée.

Nu comme Job sur son fumier.

Nu comme l'homme à la naissance et à l'heure de ses retrouvailles avec la terre-mère.

Nu comme le catéchumène qui s'est dépouillé de sa vie ancienne, et qui va revêtir le Christ.

 

Seigneur, je te regarde, mais tu n'est pas nu. Tu es ton propre vêtement et jamais la chair de l'homme n'à paru moins nue.

 

La pureté de ton cœur purifie le regard qui te regarde. Tu n'as pas commis la faute d'Adam et te voilà exposé sans honte comme l'hostie dans la nudité du Saint-Sacrement.

Ô Jésus, cette nudité est notre héritage, apprends-nous à l'aimer, à la désirer, à la chérir comme la seule propriété. Béni es-tu . Tu t'es laissé dépouiller sans un murmure. À toi reviens cette béatitude : "Heureux les doux, ils posséderont la terre"

 

Ô Jésus, je t'à dore dans le total dépouillement où je veux Te suivre.

 

Ô Jésus, si dans la rue ou en quelqu'autre lieu, je te rencontre nu dans un pauvre qui à faim ou qui est en prison que je te couvre du manteau de mon amour, que je ne me détourne pas en disant: quand T'ai-je vu nu et ne T'ai-je pas habillé.

 

Pauvre, Tu es roi et Roi Tu es pauvre.

 

 

Chemin de croix avec le  Père Guy Gilbert.

 

Nous avons perdu l'habitude depuis longtemps de méditer ce chemin de Croix. Avant, on le faisait de façon traditionnelle, automatique et maintenant nous sommes loin du chemin de Croix et pourtant, en tant que chrétiens, nous savons que la Résurrection ne s'est vraiment accomplie qu'avec la Croix. Notre vie est faite de bonheur, de joie, de peine, de souffrance, d'espoir, de désespérance. Nous avons un immense. besoin de comprendre la signification de la Croix.

 

C'est terrible d'être dépouillé. J'ai été mis plusieurs fois à poil devant des flics, c'est pas tellement mar­rant, je peux vous assurer. Je ne conseille pas à des gens qui écoutent maintenant de tomber sur une patrouille de police qui vous fout à poil. Dépouillé de tous vos vêtements, tout nu, face à des gens, ça n' arrive pas souvent, mais c'est une épreuve assez dif­ficile. Oui, bien sûr, ils n'ont pas fait mal, sans pro-blême. Puis ils ont vu un curé tout nu, ça ils n'ont pas tellement l'habitude. Mais être dépouillé de ses vêtements, c'est quelque chose de très profond. Les vêtements c'est quelque chose de nous. On aime bien être habillé de telle et telle façon. C'est aussi mon­trer à Jésus qu'il n'était pas grand-chose. Et puis, il pouvait pas avec toutes ses fringues et tous ses habits, il ne pouvait pas monter sur la Croix. C'était comme ça, en ce temps-là. C'était tout nu qu'on les mettait sur la Croix. Il n'a plus rien maintenant. Vous savez quand je vois les mecs, par exemple j'ai vu plusieurs fois quand on les amène en prison, on les dépouille, on les met tout nu pour voir s'ils n'ont pas de lame sur eux, pas de drogue, etc., tout nu et on leur enlève la moindre bague, la moindre montre pour voir... Tout ça on leur rendra évidemment, mais ils sont dépouillés du moindre papier, du moindre petit truc qu'ils ont gardé, du moindre souvenir. Pensons à tous ceux qui sont dans les cellules, notamment dans les pays de l'Est. Vous savez les gens dépouil­lés de tout.

 

Je voyais l'autre jour dans une revue qu'un mec avait eu trois mois de cellule effroyables parce qu'on avait trouvé sur lui une petite croix qu'il avait caché dans une poche. Nous avons cette chance maintenant moi, prêtre de Jésus-Christ et vous qui m'écoutez de méditer les stations du chemin de Croix. Nous avons cette chance et un flic qui nous prend à écouter cette émission peut nous dire, on va vous foutre deux ans, cinq ans au goulag parce que vous écoutez des émissions religieuses. Pensons à tous ceux qui sont par leur foi, parce qu'ils croient en Jésus-Christ ressuscité, pensons à tous ceux-là qui ne peu­vent pas vivre normalement et qui sont persécutés à cause de ça.

 

Chemin de Croix avec les Pères Raymond et Pierre Jaccard

 

Déjà après le péché, et c'est de ce moment qu'a commencé ce dépouillement, Adam et Eve se voient nus ; ils découvrent qu'ils sont dénudés de l'amour de Dieu, de sa présence ; ils n'ont plus que leur amour humain pour se vêtir. Dieu leur fait une tuni­que de chair. Il n'y a que l'amour de Dieu qui achève l'homme et c'est le fruit de notre vie, qui est Jésus, qui va nous acheminer vers ce fruit, cette fructifica­tion, cette divinisation, et voilà l'aboutissement du tra­vail de l'homme, du cœur de l'homme, du regard de l'homme ; et l'on dépouille Jésus de cette grâce extraordinaire qu'il avait ; on ne veut pas le recon­naître le Fils de Dieu. « Demeurez en moi, nous dit-il, comme je demeure en vous, et vous aurez la vie. »

 

Chemin de Croix par Élie Maréchal

 

L'outrage à la pudeur : il en existe tellement sur nos écrans, nos journaux, nos murs. Devant un homme nu on évite le regard, le geste, la parole qui seraient malsains. On ne peut pas dire qu'aujourd'hui s'affiche le respect de l'homme ou de la femme, même Si leurs droits font couler beaucoup d'encre ou de salive. Jésus, dépouillé de ses vêtements, est du côté de l'homme ou de la femme bafoué, l'homme-objet ou la femme-objet.

 

Mais ne restons pas devant Jésus du côté des voyeurs. La lampe du corps, c'est l'œil : allumons la bonne lumière. On enlève à Jésus ses vêtements ; il se retrouve comme à sa naissance. Après que Marie eut mis au monde son fils premier-né, elle l'emmail­lota et le coucha dans une mangeoire. Jésus, dépouillé de ses vêtements : une nouvelle naissance avant, cette fois, d'être couché, non pas dans une mangeoire, mais sur la croix. La croix qui va manger ces derniers lam­beaux de vie. Puis, Jésus couché dans le tombeau, emmailloté, enveloppé d'un linceul. Dans le dénue­ment, le dépouillement, Jésus renaît déjà. Premier-né de Marie à Bethléem, il est au Calvaire « le premier-né d'entre les morts, puisqu'il devait avoir en tout la primauté. Car Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui sur la terre et dans les cieux en faisant la paix par le sang de sa croix» (Col. 1, 18-20). Avant de le clouer sur la croix, on enlève à Jésus ses vêtements, on le rend à son commencement. Il est le commencement  le com­mencement de la Bonne Nouvelle mise à nu (Marc 1/1). «Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était Dieu. » Jésus, le Verbe, sans attributs vestimentaires, le Verbe transparent du Père.

 

Chemin de Croix par Jean Vanier

 

Jésus est dépouillé de ses vêtements, il est totale­ment nu. C'est l'ultime humiliation. Tout son corps, avec toute sa beauté, est révélé mais dans sa pauvreté, dans ses blessures. On voit toute la faiblesse de Jésus, tout son corps brisé, le sang qui coule. Alors sur ce lieu qu'on appelle le crâne, Calvaire, on voit la fai­blesse de Jésus. Jésus qui ne parle pas, qui est là épuisé. La faiblesse de Jésus, la force des soldats avec leurs corps musclés, avec leurs armements, avec leur pouvoir. Et puis, un peu plus loin, les pharisiens avec leur savoir. Ils se tiennent tout près, ils regardent. C'est une autre forme de puissance. La faiblesse de Jésus et les quelques amis de Jésus qui sont là ; la force des soldats, la puissance militaire et les intellectuels qui regardent, qui analysent, qui discutent.

 

Le faible est toujours dans notre monde, le faible qui a été dépouillé de tout, quelquefois tué même quand il est dans le sein de sa mère ; cette terrible réalité de l'avortement, le petit, le tout petit qui est tué parce qu'il a un handicap qui va coûter trop cher à la société ! Mais surtout qui va coûter trop cher à l'amour et à la tendresse. Et le faible de notre monde, le faible dans le tiers monde, le faible dans les pays riches ! Tous les petits sont faibles devant la force des soldats et devant le pouvoir des intellec­tuels avec leur théorie. Parfois aussi l'Église est dépouillée, parfois l'Eglise est mise à nu, parfois aussi l'Église est ridiculisée parce qu'elle annonce les valeurs éternelles, des valeurs qui concernent l'être humain. Concernant la moralité, concernant les droits de l'être humain. Puis, quelquefois, le pouvoir politique, le pouvoir des soldats et le pouvoir du savoir des intel­lectuels se moquent de l'Église, parce que l'Église annonce la valeur de chaque être humain. L'Église annonce le faible. L'Église n'a pas toujours les solu­tions. Mais l'Église est appelée à annoncer des véri­tés sur l'importance du petit, du faible. D'annoncer des choses importantes concernant les rapports de la vie sexuelle.

 

De l'importance du petit dans le sein de la mère. De l'importance de la procréation, que c'est quelque chose de sacré. L'Église aussi peut être mise à nu, ridiculisée. Jesus nous demande à prendre notre place avec le faible, de croire que lui est caché là dans le faible et il nous demande de faire attention, de ne pas être séduit par le pouvoir politique, par le pou­voir militaire ou le pouvoir économique. Ce désir d'avoir un pouvoir et aussi de ne pas être séduit par les intellectuels qui veulent le pouvoir de l'intelligence pour juger et condamner. Accepter de marcher avec le faible, parfois sans comprendre.

 

Prions ensemble

 

Merci, Seigneur, pour ceux qui embellissent le corps, pour ceux qui n'ont pas peur de la vente toute nue ; pour ceux qui adorent et célèbrent le Corps eucharistique.

 

Béni sois-tu, Jésus, d'être l'image du Dieu invisi­ble. Béni sois-tu, Jésus, de t'être laissé dépouiller de tes vêtements, pour que, dépouillés de nous-mêmes, nous soyons revêtus de ta gloire. Béni sois-tu, Jésus, dépouillé de tes vêtements, de nous dire : « Ceci est mon Corps, livré pour vous. »

 

On enlève à Jésus ses vêtements. On croit exhiber Jésus ; au contraire, il va être caché dans la mort et le tombeau. On enlève à Jésus ses vêtements : on croit achever Jésus. Au contraire, il va commencer une vie nouvelle. Jésus, arrivé au sommet du Calvaire, dépouillé de ses vêtements, Jésus fini ? Non ! Jésus commence. Lorsque nous croyons, nous, être au bout, au terme, à la fin, Jésus commence, Jésus renaît. Et cette fois, il n'est plus question de s'arrêter : la Résur­rection est en marche.

 

Mais, lorsque Jésus, lui donne sa vie, il nous donne la Vie, comme le rappelle l'apôtre Jean (3, 16-17): « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique... non pour juger le monde, mais pour que le monde ait la vie. » Le chemin de Croix du Christ jusqu'au sacrifice de sa vie sur la Croix n'est pas seu­lement un enfouissement dans la mort, la destruction d'une vie à  jamais perdue. Non. Tel le grain de blé semé en terre qui meurt pour porter du fruit, (cf. Jn 12, 24),à travers la mort de la Croix, l'amour donne la Vie, la Vie qui vient de Dieu, la Vie plus forte que la mort.

 

«Il n'y a pas de plus grand amour que de-donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jn 15, 13).

 

Nous savons bien qu'au fond, elle n'était pas méchante la foule qui te regardait sans vêtements. Tu l'as dit "Ils ne savent pas ce qu'ils font".

 

Et nous non plus nous ne voulons pas être méchants envers ces gens dépouillés de tout ce que nous appelons la dignité. Nous t'en supplions prends pitié de nous et transforme notre cœur.

 

Un pardon donné aujourd'hui est une victoire du Ressuscité.

 

Amen.

 

Paul-Jean Leclair, asf

 

Onzième  Station : Jésus est cloué à la croix.

 

Il nous faut approcher chaque station du chemin de la croix avec un infini respect puisque c'est la plus grande histoire d'amour et le plus fort des témoignages d'amour qui nous est livré. Il ne faut pas oublier que c'est Jésus, le Fils unique et bien aimé du Père qui est en cause. Chaque station est l'accomplissement d'une étape de notre rédemption. Il y a une attitude de silence et d'adoration qui doit nous habiter tout au long de ce chemin tragique et sublime à la fois.

 

L'activité d'un humain est toujours représentée par ses bras , par ses mains. On dit avoir besoin de main d'œuvre, de bras disponibles pour telle ou telle tâche à accomplir.

 

Voici que les mains de Jésus sont clouées au bois de la croix. Croit-on ainsi paralyser son action, le neutraliser en Lui collant les épaules au patibulum. Bref le maîtriser! Il y a bien des leçon à tirer de cette 11ème station. En voici quelques unes:

 

Jésus qui a les bras immobilisés peut vouloir nous dire: "J'ai bien travaillé", "J'ai accompli ma part de la besogne." À présent, dans l'œuvre de la rédemption, pour la construction du Royaume, c'est de vos mains dont j'ai besoin. La tâche change de mains. J'ai besoin de vos bras pour bâtir et pour aimer, qui prendra la relève? Il est une manière d'agir qui n'est pas correcte c'est de croire que Dieu fera tout. "Que le bon Dieu s'en occupe" "C'est son affaire..." Non! C'est à présent notre affaire. Il faut tout faire comme si tout dépendait de nous, sachant très bien que tout dépend de Dieu.

 

Nous sommes les mains de Dieu, les bras de Dieu. Les siens ne travaillent plus. Il nous confie le salut du monde. Il a besoin d'âmes réparatrices, il a besoin de nous. C'est cela l'action catholique, l'engagement, l'apostolat.

 

Que le bon Dieu s,en occupe! Non mes amis. Je m'occupe pour le bon Dieu soutenu par sa grâce et guidé par l'Esprit Saint.

 

Jésus a les bras immobilisés c'est vrai, mais son Cœur est toujours brûlant d'amour et de charité. C'est l'épisode des deux larrons qui se produit alors. Quelle leçon! Quand nous ne pouvons pas agir, faute de ressource, à cause de la maladie ou de l'âge, à cause d'un manque de compétence, peu importe la raison, je suis encore capable de servir le Royaume en aimant, en pardonnant, en priant, en m'offrant pour le salut des âmes. L'apostolat de la prière, du sacrifice, de l'immolation dans l'amour. Ce fut le cas de Marthe Robin, de Thérèse de l'Enfant Jésus devenue la très grande sainte des temps modernes et docteur de l'Église.  "Dans le Cœur de l'Église ma Mère, je serai l'amour".

 

Que fais-tu pour que cesse la guerre dans le monde? Pour que la foi revienne chez nous? Pour que les avortements cessent? Pour que Jésus soit respecté, l'Église aussi?  Il y a une phrase anglaise qui est un blasphème pour un croyant, pour un disciple de Jésus "Dont get involve". Il n'y a pas une seconde à perdre, pas un moment de répit... car l'amour n'est pas aimé... il faut faire aimer l'amour. Pensons à jean Paul II quel exemple pour nous qui faisons si peu.

 

Les soldats en accomplissant leur sale besogne, sans le savoir servent la Bible. Ils le réalisent : "Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, l'Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle." (Jn 3,14-16)

 

Ils croyait l'arrêter, limiter son action, le stopper, mais ils donnent à tous les siècles qui vont suivre Jésus Crucifié et dans tous les siècles on peut entendre ces paroles fantastiques : "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes". Signe indicible de l'amour.

 

Dieu qui en Jésus ouvre les bras pour accueillir tous les larrons du monde, toutes les Madeleine du monde, toutes les misères du monde, toutes les lâchetés, toutes les blessures du monde, les Zachée,  les Thomas, les Pierre, les Samaritaines, les aveugles, les boiteux, les Lazare, ...

 

Jésus cloué à sa croix afin d'expier tout ce qui paralyse notre audace apostolique, notre tiédeur, le respect humain, nos attachements multiples à notre argent, à notre confort, à notre inaction, à nos idées, à nos péchés mignons, notre paresse spirituelle, à nos excuses pour rien faire, à notre petite religion confortable, à notre avarice, à nos défauts que l'on aime et entretient , que l'on cajole.

 

Voilà les clous véritables qui retiennent Jésus au bois de la Croix. Contempler notre crucifix doit virer notre cœur à l'envers, nous bouleverser assez pour que l'on entreprennent une vraie démarche de conversion. Jésus redit à nos cœurs: M'aimes-tu? M'aimes-tu plus que ceux là? Pierre m'aimes-tu vraiment?

 

La onzième station du chemin de croix doit nous fouetter, nous bouleverser.

 

A nous qui comptons sur la sécurité, sur l'argent, le nombre, sur le pouvoir, la technologie d'avant garde, sur nos sciences, sur la force de nos armes dissuasives, sur nos comités de ceci ou de cela, sur nos multiples réunions... avons-nous oublié que c'est l'amour qui change le monde et les cœurs, que c'est la folie de la croix qui a sauvé le monde et qu'il en sera toujours ainsi.

 

Donnons-nous assez de place à la prière, à l'adoration, au sacrifice, à la pénitence dans notre action apostolique?

 

On a tout fait... Avons-nous assez prié? Avons-nous assez annoncé Jésus et Jésus crucifié, Sauveur du monde.

 

Il nous faut des chapelles d'adoration, des 40 heures, des âmes qui se sacrifient pour le salut des âmes. Sans cela nous travaillons en vain. "Si le Seigneur ne bâtit c'est en vain que travaillent les maçons."

 

Pour finir, n'oublions pas que cette station c'est la messe qui commence. L' Unique messe qui se poursuivra à travers les âges jusqu'au retour de Jésus dans la gloire.

 

La messe c'est le don de son Corps et de son Sang pour la vie du monde... et nos églises sont vides. On doit en vendre un peu partout à chaque année. On a l'impression, chez bien des baptisés, qu'aller à la messe c'est une perte de temps... vaut mieux aider son prochain.

 

Il nous faut réaliser que pour être un baptisé utile à l'Église et au monde, il faut être porteur de Dieu aux âmes... Comment être remplis de Dieu sans l'Eucharistie? Comment donner Jésus lumière et salut du monde aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui sans en être soi-même remplis.

 

Cette onzième station nous dit que ce que notre monde a besoin ce sont des saints et saintes rayonnants de la présence de Dieu qui par son Eucharistie brûle le cœur et en fait un cœur d'apôtre.

 

Prenons quelques instants de silence en contemplant Jésus cloué à la croix.

 

 

Jacques Théberge, I.V. Dei

 

Douzième  station:  En présence de sa mère Jésus meurt sur la croix

 

De la crainte de la mort délivre-nous Seigneur!

Inspiré d'une méditation du frère Éphraïm

" C'était déjà presque midi et il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures, le soleil ayant disparu. Alors le voile du sanctuaire se déchira par le milieu; Jésus poussa un grand cri, il dit : Père, entre tes mains, je remets mon esprit. Et sur ces mots, il expira. " (Lc 23, 44-47)

 

Et sur ces mots, il expira. " Jésus, le Messie de Dieu, l'espérance des pauvres, le sauveur du monde..., Jésus meurt.

La croix devient maintenant une chaire -"Père, pardonne-leur ..Voila ta Mère... Voilà... ton fils. Tu seras avec moi au Paradis... J'ai soif... Tout est consommé." Pour parler, je dois me soulever en m'appuyant sur mes poignets et mes pieds, et chaque mouvement me submerge en un nouveau gouffre de douleur. Puis alors, après en avoir assez enduré, avoir vidé mon humanité, je laisse partir ma vie mortelle.

Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Il l’avait dit, maintenant il le fait. Il est là, crucifié entre deux malfaiteurs. Les apôtres l’ont abandonné, il n’y a plus que Jean, quelques femmes, et sa mère. Marie est debout au pied de la croix. Jésus va mourir, non pas d’une mort lamentable d’un corps épuisé. C’est un amour impressionnant d’attention et de tendresse qui s’exprime alors dans les huit paroles.

• Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ! Amour de pardon offert à tous, sans réticence.

• Aujourd’hui, tu seras avec moi en paradis. Amour de pardon personnalisé pour le malfaiteur repenti.

• Femme, voici ton fils. Et Marie devient à cet instant, la Mère de tous les vivants. 

• Voici ta Mère. Et Jean, à qui le chagrin semble fermer pour l’avenir tout espoir et toute foi, va attendre auprès de Marie le matin de Pâques pour voir et croire.

• Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Jésus reprend les paroles du psaume 21, où sa Passion est décrite de façon saisissante, où la résurrection est annoncée, où l’Eglise est annoncée. C’est la montée du peuple nouveau. La génération future annonce sa justice, elle annoncera son oeuvre aux peuples nouveau-nés.

• J’ai soif ! On lui tend une éponge imbibée de la boisson des soldats, de l’eau mêlée de vinaigre. Mais plus que l’ardente soif de l’agonisant, Jésus exprime là son passage vers Dieu. Dieu seul capable d’apaiser toutes les soifs. Mon âme a soif du Dieu vivant, quand le verrai-je face à face ? C’était presque la troisième heure quand l’obscurité se fit sur le pays tout entier.

• Tout est accompli. Alors, dans la paix qui entoure toutes les agonies humaines, Jésus dit vers qui il va, quel chemin il ouvre.

• Père, entre tes mains, je remets mon esprit. Dieu meurt crucifié par ses créatures. Quelle énigme effroyable ! Et si la vraie puissance, c’était cela ? Ce jour-là, combien sont-ils au pied de la croix ? Et aujourd’hui ? Mon Jésus. mon Dieu, que puis-je dire? Que puis-je faire? Je t’offre ma propre mort avec toutes ses souffrances, acceptant aujourd'hui l'heure et le genre de mort qui m'est destiné. Je ne prolongerai pas d'un seul instant la durée de ma vie; je t'offre ma mort en réparation de mes péchés et de ceux de toute l'humanité. Mon Dieu! Mon Dieu! Ne nous abandonne pas. Nous ne savons pas ce que nous faisons.

 

" Consummatum est. " Tout est complété, la fin est pleinement venue. Le mystère de l'amour de Dieu envers nous est accompli. La rançon est payée et nous sommes rachetés. Le Père éternel avait résolu de ne point nous pardonner gratuitement afin de nous montrer une faveur spéciale. Il avait condescendu à nous traiter comme ayant valeur à ses yeux. Ce que l'on achète a de la valeur. Il aurait pu nous sauver sans achat - par un simple fiat de sa volonté. Mais, pour montrer son amour pour nous, Il fixa un prix : et ce prix, si une rançon quelconque devait être fixée et livrée en échange de l'offense de nos péchés, ne pouvait être rien autre que la mort de son propre Fils, revêtu de notre nature humaine.

La Vie ne meurt pas. La grappe est pressée, elle n'est plus fruit mais vin nouveau. Et c'est dans cette ivresse nouvelle faite de douleur et d'amour que tu t'endors sur le sein du Père car tout est accompli. Maintenant, je sais que rien ne pourra m'arrêter dans ma marche vers le Royaume, je mets mes pas dans les pas de celui qui a marché sur la mer et commandé aux éléments déchaînés. Où est-elle la haine des hommes à l'heure de ma mort ? L'amour a eu le dernier mot.

 

Contemplons notre divin Sauveur élevé entre ciel et terre. Sa Très Sainte Mère est là recevant Ses dernières paroles: "Femme, voilà ton fils; fils, voilà ta Mère." Jésus nous a tout donné et, à cette heure suprême, Il nous donne ce qu'il Lui reste de plus précieux sur terre: Il nous donne Sa Mère, Il nous la donne pour le temps et pour l'éternité. Dans la personne de saint Jean, nous avons tous reçu ce précieux cadeau; nous sommes devenus les enfants de Marie. Nous ne pourrons jamais en être assez reconnaissants envers Dieu.

 

Demandons à cette Mère des Douleurs d'imprimer profondément dans nos coeurs les plaies de Jésus crucifié. Demandons-Lui de nous instruire des choses du ciel. Nous sommes si bornés... Tous ces mystères de notre religion, en particulier ce grand mystère de notre Rédemption, nous dépassent. Un Dieu Se faisant homme et mourant pour Ses créatures! Qui pourra le comprendre? C'est un mystère d'amour. C'est quelque chose que nous ne pouvons pas concevoir dans notre petite tête humaine, mais c'est une réalité. Un mystère est une chose qui dépasse l'intelligence humaine mais c'est quand même une réalité. Notre Sauveur est mort pour nous; nous devons y réfléchir le plus souvent possible.

 

O mon Dieu et mon Père, Tu as évalué si haut la valeur de nos âmes coupables, que Tu as fixé le prix le plus élevé qui soit possible pour les racheter ! Ne T'aimerons-nous pas et ne Te choisirons-nous pas au-dessus de toutes choses comme le seul bien unique et nécessaire?

 

Il y a tous ceux qui donnent leur vie pour que règne plus de justice. Il y a ceux qui meurent à tous les égoïsmes. Il y a ceux qui pardonnent aux heures les plus graves. Il y a ceux qui voient mourir un être qu’ils aiment et qui vont se reprocher de ne pas l’avoir aimé suffisamment.

 

Il y a ceux qui vont mourir dans de grandes douleurs et ceux qui sont prêts à une mort sans effroi. Tu mourus et tu nous fais vivre. La puissance de Dieu, c’est la croix.

 

Le règne de Dieu vaincu par la mort !

 

Jésus meurt dans un grand cri, et dans les larmes de la souffrance.

 

Jésus meurt dans le silence, on n'entend plus la joyeuse nouvelle de l'Evangile, on n'entend plus les disciples qui se sont enfuis, on n'entend même pas Dieu.

 

Et pourtant, Jésus meurt aussi dans la confiance.

 

Oui, désormais, le mystère tellement troublant de notre mort est habité par Dieu lui-même. En Jésus, Dieu a connu notre mort. Il est venu lui-même jusque dans ces trous noirs de notre existence. Et là, il ouvre un passage.

 

Seigneur  Jésus, ne nous laisse pas fuir le mystère de notre mort. Apprends-nous  à nous tenir en silence devant cet immense mystère de la vie et de la mort. Et au moment  du passage, sois avec nous. Apprends-nous  à remettre notre esprit au Père dans la confiance et dans l'espérance.

 

Michel Nolin, asf

 

Treizième station : La descente de la croix: Jésus est déposé dans

 les bras de sa mère

 

 

De la haine et de la vengeance délivre-nous Seigneur!

«Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau.» ( Jn19, 33-34)

 

Et Jésus nous dit: «Le sacrifice est achevé. Oui, ma Messe est complète; mais non pas celle de ma Mère, ni la tienne, mon autre moi. Ma mère doit encore bercer dans ses bras le corps sans vie du Fils qu'elle a porté. Toi aussi, tu auras à te séparer de ceux que tu aimes, et tu éprouveras du chagrin. Dans tes deuils, pense ainsi: Une multitude d'âmes ont été sauvées par la participation de ma mère à mon Calvaire. Ta douleur aussi peut racheter des âmes.»

 

Dieu Père s'adressant aux hommes: «Elle s'achève l'élévation par laquelle l'Agneau, à qui revient la béatitude " heureux les doux ", prend possession de la terre et l'arrache à la puissance de l'ennemi. Je tenais le corps d'Adam dans mes deux bras divins qu'il n'aurait jamais dû quitter, comme n'aurait jamais dû se rompre le baiser par lequel je lui donnai le souffle. Golgotha, où vient de se jouer le bonheur de l'humanité, lieu du crâne, lieu où j'ai vu mourir Adam. Si l'homme avait connu la grande douleur que j'éprouvais en voyant mourir le premier homme, la grande douleur qui est la mienne de voir les fils de l'Éternel descendre dans le séjour des morts ! Et la douleur de voir la terrible agonie de mon Fils, l'agonie de mon âme qui met fin à toute désespérance ! La mort est morte, l'Amour est Vie et semence de vie.»

 

C’est de son côté percé que coule l’eau qui donne la vie. Sang versé, corps livré.  Marie est là, elle tient entre ses bras son enfant comme elle le tenait à Bethléem. Geste de mère,  douleur de mère et Marie se rappelle tout, et elle va continuer son rôle de mère auprès de la nouvelle famille, les disciples et l’Eglise qui va se lever demain. Magnificat anima mea Dominum. Il renverse les puissants de  leurs trônes ; mais où est la vraie puissance ? La vraie puissance, chez les bourreaux, chez les victimes ?

 

Ce jour-là, combien sont-ils avec Marie et l’apôtre, avec Nicodème,  le pharisien, le notable qui comprend enfin à cet instant ses discussions avec Jésus, et avec Joseph d’Arimathie, cet homme riche qui se sépare des siens à cause du juste ? Et aujourd’hui? Il y a  ceux qui sont présents aux heures du don total. Il y a ceux qui  donnent le coup de lance de l’autorité brutale et aveugle. Il y a ceux qui reçoivent Dieu et qui l’utilisent pour dominer ou pour  tromper. Il y a ceux  qui viennent d’apprendre la mort de leur enfant. Il y a ceux qui vont mourir seuls et qui appellent  leur mère une dernière fois.

 

Et Marie le reçoit et médite en son Cœur Immaculé et Douloureux: «Mon Dieu abandonné dans mes bras, mon Fils, mon Amour et mon Dieu. Mon Seigneur totalement livré,  comme au jour de Noël l'Enfant dans mes bras. Et dans ce silence d'après les ténèbres, un autre enfantement prend place où ce ne sont plus mes entrailles qui s'ouvrent mais mon coeur.  Et dans la douleur de ce transpercement je perçois le Corps de mon Enfant, l'Église, plus  vaste que le monde. Ô  mon Fils, le ciel et la terre sont remplis de l'écho de ta mort d'amour. »

 

Contemplons Jésus défiguré, la tête couronnée d'épines, le corps tout déchiré. Toutes Ses plaies nous révèlent l'amour de Dieu pour nous. Qui d'entre nous serait prêt à subir un tourment à la place de son prochain? Ce serait là une grande preuve d'amour dont personne ne pourrait douter.


Si quelqu'un parmi nous était condamné à subir tous les tourments que Jésus a subis: la flagellation, le couronnement d'épines, le crucifiement, et qu'un autre venait lui dire: "Non, non, mon ami, laisse-moi; je vais prendre ta place. Je vais tout souffrir cela à ta place", pourriez-vous douter un instant de l'amour de cette personne pour vous? C'est ce que Jésus a fait pour nous...


Faisons un sérieux examen de conscience. Demandons-nous si vraiment nous marchons sur les traces de Jésus souffrant. Nous passons plutôt notre temps à nous plaindre, à nous lamenter, à penser que les hommes nous font subir des injustices. Face à Jésus souffrant, réalisons et acceptons une fois pour toutes que nous méritons de souffrir pour l'expiation de nos péchés. C'est le moins que nous puissions faire en ce monde, si nous voulons avoir part au royaume de Jésus.

 

Je t'en supplie, Seigneur, aide-moi à accepter les séparations qui doivent venir celles d'amis qui s'en vont, de mes enfants qui quittent le foyer, et plus que tout, de ceux que j'aime lorsque Tu les appelleras à Toi. Accorde-moi  alors la grâce de dire: "Puisqu'il T'a plu de les reprendre chez Toi, Seigneur, que Ta sainte volonté soit faite. Même si je pouvais  par une seule parole les ramener à la vie contre Ta volonté, je ne dirais rien. Donne-leur le bonheur éternel.

 

Tout est accompli, tout commence.

 

Michel Nolin, asf

 

 

 

Quatorzième station: Jésus est mis au tombeau

 

 

 

Du désespoir délivre-nous Seigneur!

 

«Le soir venu, il vint un homme riche d'Arimathie, du nom de Joseph, qui s'était fait, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu'on le lui remît. Joseph prit donc le corps, le roula dans un linceul propre et le mit dans le tombeau neuf qu'il s'était fait tailler dans le roc; puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla.»                 (Mt 27, 57-60)

 

Le corps livide s’abandonne, dérisoire. Il faut faire vite, c’est le sabbat. Le fait divers se termine dans la hâte.

 

Il est descendu aux enfers. Non pas l’enfer, refus de Dieu, mais le séjour de la mort humaine. Ce n’était pas pour faire un mort de plus dans la foule des innocents assassinés et jetés en terre. L’amour ainsi vécu jusqu’au bout ne peut aboutir au néant. Il est allé ouvrir les portes du séjour des morts où tous ceux qui ne désespèrent pas de l’amour de Dieu l’attendent.

Ce jour-là, combien sont-ils avec Joseph d’Arimathie ?  Et aujourd'hui? Il y a ceux qui s’effondrent lorsque triomphe la  haine. Il y a ceux qui s’ensevelissent dans des égoïsmes, ceux qui vivent sans espérance, ceux qui ressuscitent  à l’amour, ceux qui inventent des mondes nouveaux. Tu fus mis au tombeau et tu nous as  réveillés.

 

Le silence s'est fait, le silence de la plénitude qui précédait l'instant de la création, l'explosion lumineuse, l'extase de l'Amour qui enfanta l'homme et la beauté du monde et de tout ce qu'il contient. En silence mon Verbe descend dans le séjour des morts. La Lumière de la Vie ouvre les yeux de ceux qui gisaient dans la vallée de l'ombre. Lorsqu'Il était le plus près de son éternel triomphe, Jésus semblait en être le plus éloigné. Lorsqu'Il était le plus près d'entrer dans son royaume et d'exercer toute puissance au ciel et sur la terre, il gisait mort dans une caverne du rocher. Il était enveloppé de linceuls et renfermé dans un sépulcre de pierre quand Il était sur le point d'en sortir avec un corps spirituel et glorifié, un corps pouvant pénétrer toutes substances, aller d'un endroit à un autre plus rapidement que la pensée, et monter bientôt aux cieux. En silence il remonte, tenant Adam et Ève par la main, jamais plus il ne les lâchera, ensemble ils remontent pour qu'explose le grand Alléluia de Pâques.

 

Ainsi se termine ma vie mortelle. Dorénavant, une nouvelle vie prend jour pour Marie et pour Madeleine, pour Pierre et pour Jean et pour toi. Ma mission sur terre est achevée. Il appartient maintenant à mon Église de continuer mon oeuvre. J'ai besoin de toi, mon autre moi. Dès aujourd'hui, jour après jour, sois mon apôtre, ma victime, mon saint, ma sainte.

 

Et Marie, sa mère, médite en son cœur douloureux: "Le Père a rempli mon coeur de l'huile de la sagesse et je veille comme la seule Vierge sage d'un monde devenu fou. Et toute l'espérance du monde et toute sa foi brûlent dans mon coeur. Et le souffle de l'Esprit m'apaise et dit : non, ton Enfant n'est pas mort, il dort. Et dans le silence de ce grand sabbat du monde j'offre toutes les souffrances, toutes les humiliations et toute la détresse des hommes.

 

Jésus est mis au tombeau pour nous enseigner que nous devons être, nous aussi, dépouillés du vieil homme et ensevelis avec Jésus, si nous voulons ressusciter avec notre Divin Maître, à une vie nouvelle, une vie toute d'amour et de générosité. Que par les mérites de Sa Sainte Passion, Jésus fasse ce miracle en notre faveur!

 

Mon Jésus,  Tu sais que mon esprit est aussi prompt que ma chair est faible. Les enseignements que Tu n'as pu dispenser, les souffrances que Tu n'as pu assumer, les oeuvres d'amour que Tu n'as pu accomplir pendant la courte durée de Ta vie terrestre, laisse-moi les dispenser, les assumer, les accomplir par Toi. Mais je ne suis rien, Seigneur. Viens à mon secours!

 

O Jésus, donne-nous la confiance d'attendre de Toi une providence semblable ! Assure-nous bien, Seigneur, que plus grande est notre détresse, plus nous sommes rapprochés de Toi. Plus les hommes nous méprisent, plus Tu nous honores. Plus les hommes triomphent de nous, plus haut Tu nous exalte. Plus ils nous oublient, plus Tu penses à nous. Plus ils nous abandonnent, plus Tu nous attires intimement à Toi !

 

La Passion et la mort du Dieu fait homme est le fait le plus extraordinaire de l'histoire de l'humanité. Jamais on ne pourra l'effacer.  On parle de toutes sortes d'événements, mais l'événement de Jésus mourant pour l'humanité est le plus grand de tous.  Tous les autres événements s'éclipsent à côté de celui-la.

 

O Jésus, à la fin de ce chemin de Croix, par les mérites infinis que Tu nous as acquis, obtiens-nous la grâce d'une vie nouvelle, d'une transformation miraculeuse, d'une conversion sincère.

 

Quinzième station : le tombeau vide

 

 

 

«Mais l'ange prit la parole et dit aux femmes: Ne craignez point, vous: je sais bien que vous cherchez Jésus, le Crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez voir le lieu où il gisait, et vite allez dire à ses disciples: Il est ressuscité d'entre les morts, et voilà qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez. Voilà, je vous l'ai dit.» (Mt 28, 5-7)

 

L’amour plus fort que la vie,  c’est le sacrifice. L’amour plus fort que la mort, c’est la  résurrection. Dieu est le maître de l’impossible.  Le don  de Dieu révèle une lumière nouvelle qui traverse la mort. La pierre qui emprisonnait l’espérance est roulée.  Là est illustrée la différence affirmée par tous les  chrétiens : l’amour a vaincu et le mal et la mort. Et Jésus est vivant, et nous sommes appelés à vivre  Dieu ensemble.

 

Et je serai avec vous jusqu’à la fin du monde.  Combien de fois donc recommence la Passion ? Ai-je jeté une pierre ? Ai-je essuyé son visage ? Et l’homme pitoyable essaye de se survivre en ses réalisations, en ses enfants qui le prolongent. Mais tout ceci est mortel. Seul l’amour suscite un nouvel  homme, l’homme spirituel ressuscité. L’amour, c’est mourir à soi-même et vivre pour les autres.

 

Et ce chemin de croix devient chemin d’amour, chemin de Bonne Nouvelle. C’est à une ancienne prostituée, Marie-Madeleine, que Jésus s’adresse. Il l’appelle comme sa mère : Marie. Marie, va dire à Pierre et aux apôtres que je les attends. Et le péché de la vieille Eve est oublié.

 

Et par la femme, l’évangile est relancé. Une espérance se lève de la terre : l’amour.

 

Jésus nous invite: «Je t'ai dit au début, mon autre moi, que ma vie fut incomplète jusqu'à ce que je l'aie couronnée de ma mort. Ton "chemin" est incomplet à moins que tu ne l'intègres à ta vie. Accueille chaque moment tel qu'il se présente, avec foi et sois confiant que tout ce qui arrive porte mon empreinte. Un simple "fiat", c'est tout ce qui est nécessaire; Un souffle du cœur," Je le veux, Seigneur ."Alors, ne me cherche pas dans des lieux lointains. Je suis tout proche. Ton atelier, ton bureau ta cuisine sont autant d'autels où tu offres ton amour. Là, je suis avec toi. Va, maintenant. Prends ta croix et par ta vie complète ton chemin.»

 

Michel Nolin, asf